Publié le 9 Avril 2025

Jacques Rancière à Paris, 2021
Jacques Rancière à Paris, 2021

Sans doute est-ce une rêverie que cette prophétie d'ère nouvelle. Mais ceci n'est pas une rêverie : on peut toujours, au fond même de la folie inégalitaire, vérifier l'égalité des intelligences et faire effet de cette vérification. La victoire de l'Aventin est bien réelle. Et sans doute n'est-elle pas où on la pense. Les tribuns que la plèbe a gagnés déraisonneront comme les autres. Mais que n'importe quel plébéien se sente homme, se croit capable, croit son fils et tout autre capable d'exercer les prérogatives de l'intelligence, cela n'est pas rien. Il ne peut y avoir de parti des émancipés, d'assemblée ou de société émancipée. Mais tout homme peut toujours, à tout instant, s'émanciper et en émanciper un autre, annoncer à d'autres le bienfait et accroître le nombre des hommes qui se connaissent comme tels et ne joue plus la comédie des supérieurs inférieurs.. Une société, un peuple, un État, seront toujours déraisonnables. Mais on peut y multiplier le nombre des hommes qui feront, comme individus, usage de la raison, et sauront, comme citoyens, trouver l'art de déraisonner le plus raisonnablement possible..."

 

Jacques Rancière : extrait de "La maître ignorant", Librairie Arthème Fayard, 1987.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres

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Publié le 8 Mars 2025

Portrait de Musset par Charles Landelle.
Portrait de Musset par Charles Landelle.

" Alors ces hommes de l'Empire, qui avaient tant couru et tant égorgé... se regardèrent dans les fontaines de leurs prairies natales, et ils s'y virent si vieux, si mutilés, qu'ils se souvinrent de leurs fils, afin qu'on leur fermât les yeux. Ils demandèrent où ils étaient; les enfants sortirent des collèges, et ne voyant plus ni sabres, ni cuirasses, ni fantassins, ni cavaliers, ils demandèrent à leur tour où étaient leurs pères. Mais on leur répondit que la guerre était finie, que César était mort, et que les portraits de Wellington et de Blücher étaient suspendus dans les antichambres des consulats et des ambassades, avec ces deux mots au bas : Salvatoribus mundi.

Alors il s'assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse.

 

Alfred de Musset, lu dans la préface des "confessions d'un enfant du siècle" de Claude Roy, Éditions Gallimard, 1973.

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Publié le 22 Février 2025

Buste en or de Marc Aurèle. Musée romain d'Avenches.
Buste en or de Marc Aurèle.

Un tel me méprisera ? Ce sera son affaire. La mienne, c'est que je ne sois jamais pris à faire ou à dire quelque chose qui soit digne de mépris. - Un tel va me haïr ? Ce sera son affaire. Mais la mienne sera de me montrer bienveillant et doux à l'égard de tous, et tout disposé à le détromper lui-même, sans insolence, sans insister sur ma modération, mais sans déguisement... 

Quel mal, en effet, te surviendrait-il, si tu fais maintenant ce qui est conforme à ta propre nature (...),  toi qui a été mis à ton poste d'homme pour être utile, par cela même, à l'intérêt commun ?

 

Pensées pour moi-même, Marc Aurèle, rédigées entre 170 et 180.  Éditions Garnier-Frères, Paris 1964.

La petite librairie

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Publié le 4 Janvier 2025

 

L'écrivain, journaliste et polémiste, Jean Cau.
Jean Cau

Mon père, je ne suis pas venu à vous dans l'intention de vous ouvrir mon cœur. Ce que je souhaitais, mon père ? Entrer dans une église fraîche tant le soleil est dur, dehors ; marcher dans le silence de ses voûtes tant les bruits de la rue me causent des désagréments. Je voulais m'asseoir sur une chaise de paille et contempler les dorures du maître-autel. À l'abri du soleil et des bruits, j'aurais regardé fondre les cierges dont la cire coule en stalactites le long des chandeliers d'argent; j'aurais respiré l'odeur d'encens et de moisi qui flotte en nappes fragile au fond des chapelles; je me serais arrêté devant ce Christ-aux-Liens, sculpté dans le bois et qui pleure des larmes de sang, petites verrues de bois amoureusement peintes en rouge par l'artiste; j'aurais très sincèrement admiré le chœur et ses stalles gothiques. Là-bas, un prêtre passe et esquisse une génuflexion devant l'autel. La tache de la robe rouge d'un enfant de chœur s'éteint brusquement, bue par l'ombre de la sacristie.

   " Comment se fait-il que, même dans les pays très chauds, il n'y ait point de mouches dans les églises ? J'ai visité des pays tropicaux : les mouches y étaient un fléau. Au marché, lorsqu'une ménagère s'approchait de l'étal d'un boucher, celui-ci devait à l'aide d'une palme, chasser les mouches agglutinées sur les quartiers de viande qu'elles transformaient en bloc d'anthracite. L'agneau, le bœuf, le veau, comment les deviner sous leur cuirasse de mouches ? Le boucher faisait siffler sa palme; les mouches s'envolaient. Vite, il repérait le bœuf, et en coupait une tranche avant que le tapis d'insectes ne s'abattît à nouveau sur lui. Or, même dans ces pays, pas une mouche dans les églises ! Vous me direz qu'il n'y a rien à manger...

   " Mon père, ce que je voulais, c'était sentir votre haleine aigre-douce de vieillard, deviner dans la pénombre le bon regard de vos yeux chassieux et entendre votre voix chevrotante. Rien de plus. Ensuite, je vous aurais bien volontiers raconté des péchés afin de vous étonner mais, à peine en manifesté-je l'intention et vous m'annoncez que je parle à Dieu lui-même. En ce cas, bonsoir ! Comme mes péchés ne sont qu'enfantillages et que farces de garnement, Dieu ne me prendrait pas au sérieux et ne serait nullement étonné. Amen."... "

 

Jean Cau, extrait de "La pitié de Dieu", Éditions Gallimard, 1961.

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Française, #Dieu, #Foi, #Religion

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Publié le 3 Janvier 2025

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #AU REVOIR

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