"Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
" Broadway regorge d'avocats et de politiciens au menton lourd et à l'oeil de lynx, tous élégamment vêtus, col blanc empesé, la cravate correcte, pochette dernier cri. Tout le monde a un pli a...
" Boulogne ! Les Français ! Cela vous arrive avec le remorqueur, le tumulte dans l'aigu, le tohu-bohu, l'excitation nerveuse qu'absolument rien ne justifie. Personne ne comprend rien à rien, les ...
"… j’aime à converser avec lesegens d’un grand âge ; il me semble qu’il faut apprendre d’eux, puisqu’ils nous ont devancés sur une route que nous aurons peut-être aussi à parcourir, de quelle nature est cette route, si elle est rude et pénible, ou facile et commode. Aussi j’aurais plaisir à connaître ton sentiment sur ce que les poètes appellent « le seuil de la vieillesse », puisque tu es arrivé à ce moment de la vie, si c’est un passage difficile de l’existence, ou si tu as autre chose à en dire.
329- Oui, par Zeus, je veux bien, Socrate, te dire mon sentiment sur ce point. Souvent en effet nous nous réunissons ensemble entre vieillards à peu près du même âge, justifiant ainsi le vieux proverbe. Or la plupart d’entre nous se lamentent dans ces réunions : ils regrettent les plaisirs de la jeunesse, ils se rappellent les délices de l’amour, du vin, de labonne chère et d’autres amusements du même genre, et ils se chagrinent, comme s’ils avaient perdu des biens considérables ; il faisait bon vivre alors ; à présent ce n’est mêmebplus vivre. Quelques-uns se plaignent aussi des outrages auxquels leur grand âge les expose de la part de leurs proches, et là-dessus ils rebattent tous les maux dont la vieillesse est pour eux la cause. Mon avis à moi, Socrate, c’est que ces vieillards ne touchent pas la véritable cause ; car, si la vieillesse était la vraie cause, elle aurait eu le même effet sur moi et sur tous ceux qui sont arrivés à cet âge. Or j’ai rencontré au contraire des vieillards animés de sentiments bien différents, entre autres le poète Sophocle. J’étais un jour près de lui,cquand on lui demanda : « Où en es-tu, Sophocle, à l’égard de l’amour ? es-tu encore capable d’entreprendre une femme ? – Tais-toi, l’ami, répondit Sophocle ; je suis enchanté d’être échappé de l’amour, comme si j’étais échappé des mains d’un maître enragé et sauvage. » Sa réponse me parut belle alors, et aujourd’hui encore elle ne me paraît pas moins belle. Il est certain en effet qu’à l’égard de ces troubles des sens la vieillesse assure la paix et la franchise complètes. Quand les passions ont perdu leur violence et se sont relâchées, c’est àdla lettre que le mot de Sophocle se réalise : on est délivré d’une foule de tyrans forcenés. Quant à ces regrets des vieillards et à leurs chagrins domestiques, il n’y a qu’une sorte de cause, et ce n’est pas la vieillesse, Socrate, mais le caractère des hommes. S’ils sont sages et d’humeur facile, la vieillesse alors est peu pénible ; sinon, Socrate, ce n’est pas seulement la vieillesse, c’est encore la jeunesse qui est fâcheuse, avec un caractère difficile."
Platon, extrait de "La République", Traduction d'Émile Chambry, Les Belles Lettres, 1932. (Wikisource)
" - Avançons donc, dit Socrate (à Agathon). Récapitulons les points sur lesquels nous sommes d'accord. N'est-il pas vrai que l'Amour premièrement, s'adresse à certains objets, ensuite qu'il ...
" Don Fabrizio connaissait cette sensation depuis toujours. Cela faisait des décennies qu'il sentait que le fluide vital, la faculté d'exister, la vie en somme, et peut-être aussi la volonté de...
Heinrich Böll, 1981 " Quand je vous dis que j'ai lu Dostoïevski, Bernanos, Chesterton, etc. , il ne faut pas oublier en effet que je les ai lus à l'époque d'Hitler. C'était une lecture très ...
" Encore une petite surprise ce soir, à la première du Théâtre Mévisto... Rencontré là Georgette, accompagnée d'un monsieur, une trentaine d'années, allure d'employé ou de commis de nouveautés, guindé, sec, physionomie médiocre, et assez laid. Elle, pâle, fine, presque jolie, surtout infiniment distinguée. Son mari ou son amant ? Elle lui donnait le bras et lui parlait comme à un mari ou à un amant. Ils étaient placés sur la petite estrade au-dessus de l'Orchestre. À un entracte, je les ai très bien regardés tous les deux, dans la galerie qui sert de foyer. Singulière chose. Avoir été ce que nous avons été, et se retrouver ainsi, sans rien se dire, comme des inconnus. Quel bel exemple du néant des chagrins d'amour !..." (Dimanche 26 avril 1908)
Paul Léautaud, extrait de "Journal Littéraire" 1893, 1956, Éditions du Mercure de France, 1968, 1998.
Paul Léautaud, en 1929 " Je n'ai jamais écrit par obligation. Je tiens la littérature alimentaire pour méprisable. C'est pourquoi toute ma vie j'ai été employé. Pour assurer ma liberté et n...