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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 22:22

" Perchée sur une barrière de bois, attendant - pour voir si une idée viendrait du dehors lui dire quoi faire

Jack Kerouac par le photographe Tom Palumbo .
Jack Kerouac

ensuite et pleine de portée et de promesses car il fallait que ce soit bien et une fois seulement - "Un seul faux pas dans le mauvais sens..." le sens de son impulsion, devrait-elle sauter d'un côté ou de l'autre de la barrière ? l'espace sans fin s'étendait dans quatre sens, des hommes morne-chapeautés allaient à leur travail dans des rues luisantes sans se soucier de la jeune fille nue cachée dans la brume, ou, s'ils s'étaient approchés et l'avaient vue, ils auraient fait cercle autour d'elle sans la toucher en attendant simplement que vienne la flicaille pour l'emmener et de tous leurs yeux las, indifférents, éteints par la pâle honte détaillant chaque partie de son corps - l'enfant nue. - Plus elle reste perchée sur sa barrière, moins elle aura le pouvoir à la fin de vraiment en descendre et de se décider...

La nuit pluvieuse clapote sur tout, embrasse partout hommes, femmes et villes en un flot unique de poésie triste -...  Elle est juchée sur la barrière, la pluie fine pose des perles sur ses épaules brunes, des étoiles dans ses cheveux, ses yeux farouches indiens-à -présent regardent fixement le Noir avec un peu de brume qui se dégage de sa bouche brune, la détresse comme des cristaux de glace sur la couverture des poneys de ses ancêtres indiens, la bruine sur le village autrefois et la fumée-de-misère qui sortait en rampant de sous le sol et quand une mère mélancolique pilait des glands pour faire de la bouillie en des millénaires sans espoir..."

 

Jack Kerouac, extrait de " les souterrains ", 1958. Éditions Gallimard, 1964 pour la traduction française.

 

 

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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 22:55

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 18:12
Marguerite Yourcenar (1903-1987) - photo De Grendel Bernhard en 1982 te Bailleul.jpg
Marguerite Yourcenar

Le maître de maison adhère à coup sûr aux principes du bouddhisme, mais son expérience peut-être plus intellectuelle que mystique n'atténue pas le pli amer au coin des lèvres. Il est malade, et il est seul. Comme tout solitaire, il lui arrive de se référer de temps en temps à de grands noms d'amis maintenant éloignés ou disparus d'un monde qui n'est plus le sien. Il ne nie pas non plus son goût du fait politique ; il a peut-être noué ou desserré certains nœuds Il a été l'un des amis préférés de Sihanouk ; on le sent encore en partie dans ce Vietnam ou ce Cambodge qu'il a quitté. Est-il allé aussi plus loin dans d'autres domaines ? A-t-il touché non seulement en ethnologue, mais en expérimentateur, aux rites des magies bienfaisantes ou non que la secte shingon, entre autres, a importées du lointain Tibet ? Vaines hypothèses, mais certaines connaissances de l'esprit marquent un visage aussi bien que certains secrets de la chair. Cet hôte courtois, cet homme que la maladie use sans le désarmer n'est pas entièrement avec nous ; notre départ le rendra à sa riche et peut-être effrayante solitude dont il n'est jamais tout-à fait sorti. Il a l'air d'une antenne qui vibre à des bruits venus d'ailleurs. "

 

Marguerite Yourcenar : extrait de "Le tour de la prison",  Gallimard, 1991

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 22:56

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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 22:46

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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 22:41

1943

 

Premier brouillon de La Sœur et dernières lignes du manuscrit de Sortilège. Je les écris en écoutant la radio qui nous avertit d'une alerte aérienne. En rédigeant le dernier dialogue de Sortilège, je ne peux m'empêcher de penser qu'il faut me dépêcher parce que je n'aurai peut-être pas le temps de finir ma phrase ! Peut-on travailler ainsi ? Oui, on peut. N'est-ce pas une forme de folie, alors que Berlin est en train de disparaître que de travailler sur un roman et une pièce de théâtre ?  Ou n'est-ce que cela qui donne un sens à la vie et qui compte vraiment, n'est-ce pas ainsi que l'on peut et doit vivre et considérer que tout le reste, les Berlin, les Hambourg, les Kiev, les Varsovie, la rivalité sanguinaire de ces grandes nations despotiques, n'a pas plus d'importance que le cancer, une hémorragie cérébrale ou un malheur physique et existentiel ? Je crois que c'est là que réside la vérité. Une pensée, une œuvre, voilà la réalité ; le reste n'est que brouillard, cauchemar, rêve éternel monstrueux, dont l'homme se réveille, le temps d'une idée, le temps d'un éclair créateur..."

 

1946

 

" Oui... nous sommes dans l' "ère atomique " ; tout s'atomise, brûle, se désagrège sous l'effet de forces terribles, l'argent, la parole, la morale, la substance humaine et naturelle... La bombe atomique d'une tonne qui ferait  exploser la planète en dégageant une chaleur de douze mille degrés existe peut-être déjà ; et, un jour, un criminel, un fou ou un politicien, peu importe, la déclenchera ; alors la Terre sentira la carne. le monde et l'humus dégageront une odeur de charogne brûlée, tout ce qui est matière se disloquera et commencera à empester et une odeur amère se répandra sous le Soleil.

   ... On vient d'expérimenter des explosions atomiques dans l'atoll de Bikini ; pour une somme de cent dix millions de dollars, on assiste à une répétition générale du Jugement dernier ; on sacrifie quelques îles où, sous l'effet de la radioactivité, la terre se transforme en verre cristallin et on sacrifie soixante-dix vieux bateaux de guerre en les précipitant dans la fournaise à dix millions de degrés. Ni Dante ni Goethe n'ont rien rêvé de tel...

   ...Le style n'est pas que l'homme, le style est tout. Le jour où la bombe atomique a explosé au-dessus des îles Bikini, la radio américaine a demandé aux stations de surveillance météorologiques si elles n'avaient pas observé au moment de l'explosion des "phénomènes crépusculaires" partout dans le monde. Spengler serait ravi de la formulation. Moi aussi, je le suis.

   La quatrième bombe a été lâchée et l'amirauté a déclaré que le résultat était "satisfaisant" mais on sent dans le ton des déclarations et des articles de journaux une certaine déception, comme si la destruction n'était pas aussi parfaitement infernale que nombre de gens l'avaient espéré. Patience, mes chers amis !

 

 

 

Sándor Márai, extrait de "Journal Les années Hongroises 1943-1948, Albin Michel, 2019.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 17:09
António Lobo Antunes, alors invité de l'émission radiophonique Cosmopolitaine , animée en direct du Salon du livre de Paris.
António Lobo Antunes, Salon du livre de Paris, 2010.

 

Son corps de neptune destitué s'était détérioré au cours de  ces mois d'abandon depuis son retour d'Angola : il avait des furoncles, ses cheveux étaient tombés par plaques en divers endroits, il avait perdu neuf kilos six cents, était incapable de déterminer à cent mètres le tonnage des bateaux, n'avait plus que deux dents à la mâchoire inférieure et respirait difficilement, comme les poussins, d'un souffle court et rapide. Elle eut un coup au cœur qui fit gonfler son décolleté en constatant que le navigateur dont elle était tombée  amoureuse était en train de se métamorphoser peu à peu en un saurien empaillé de muséum d'histoire naturelle. Elle paya pourtant ses consommations sans qu'il s'en aperçût, demanda tout bas au garçon de remplacer l'alcool par de l'eau du robinet à partir du dix-septième verre, supporta ses entêtements d'ivrogne, lui fit servir un  sandwich à la viande qu'il repoussa fièrement d'un air écœuré, et sortit discrètement derrière le marin alors que, dans la rue, les petits crieurs de journaux annonçaient les dernières éditions et que les esclaves maures trottaient en direction de la Baixa pour s'entasser, fascinés par les péripéties des drames indiens, dans les cinémas permanents des Restauradores. Faisant appel à la très longue expérience de son art  de manipulatrice des hommes solitaires, elle réussit à l'entraîner dans sa petite chambre du Terreiro do Paço en l'empêchant d'entrer dans les tavernes qui se multipliaient sur leur parcours comme les moisissures sur le fromage et dans les épiceries où nous avalions en guise d'hostie des pichets de vin vert jusqu'à onze heures du soir, affalés sur de grands sacs de haricots..."

 

Antonio Lobo Antunes : extrait de " le retour des caravelles", 1988, Christian Bourgois Éditeur 1990, pour la traduction française.

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23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 22:55

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21 août 2021 6 21 /08 /août /2021 22:54

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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 22:46

Il y avait une allée d'ormes. Ils étaient là depuis qui sait combien ? Des troncs humains avec des cals et des blessures, une chevelure de mousse au fond de l'eau, des mouvements de haute mer. La vague de feuilles commençait là-haut vers le Soubeyran, elle coulait d'arbre en arbre en soulevant une écume d'oiseaux. Par là-dessous cet antre frais, le promeneur rompait son pas ; Il poussait devant lui un poids toujours plus lourd de douceurs et de chants, puis il devenait lui-même immobile ; il écoutait, il s'imbibait de haute vie et de santé verte...

   On a coupé l'allée d'ormeaux au ras du sol. Chaque fois qu'un grand tronc tombait, tout le dessous de la ville gémissait et frissonnait...

  C’est ce soir là que je rentrais des collines sans savoir. Je rencontre Pétrus Amintié. Il me bouge à peine un bonjour,  il me dit à voix basse :

   - Je suis dégoûté de la vie.

   Je réfléchissais, je pensais : " Comment, dégoûté ? " Pétrus ? Pas possible ! Et cette grande provision de rêve ? Où est-elle passée ? Il en était un grenier plein.

   Et puis, au détour de la rue, j'ai vu tous mes arbres par terre.

   Ah ! voilà une chose qui vous vide. C'est encore plus cruel que le ver pour l'amande. Le ver, au moins, y met du temps à ronger ; elle a le temps de s'habituer. Mais, là, tout d'un coup, se sentir debout sur la terre avec seulement de la viande et des os ! N'avoir plus qu'un cœur de viande, vous pesez bien tout le cruel de ça pour ceux qui sont seuls avec les grandes choses de la terre. Ah, mes pauvres amis, Pétrus et vous, tous ceux qui êtes d'Aubette - entendons-nous, même si vous habitez par là-bas loin - la voilà tarie d'un seul coup la source de vos rêves ; je sais que nous en ferons d'autres ; je sais  qu'au fond de nous, nous sommes toujours ombragés par cette belle allée d'ormeaux. Mais, ce jour-là, d'un seul coup, on a mangé l'amande et il faudra encore beaucoup de sang et beaucoup de souffrances pour en cailler une nouvelle...

   Coupez les ormes, faites des douanes pour fouiller les charrettes de foin, timbrez d'un timbre sec toutes les feuilles esclaves de vos légumes de marchés, allumez dans les abattoirs des brasiers de sang, vous êtes trop petits. Voyez, peints en bleus sur le pourtour de l'horizon, ces troupeaux immenses de collines...

   En vérité, en vérité...

   Vous êtes fait de meurtre quotidien, vous êtes comme des roches aux angles en épines ; vous avez déchiré la peau des bêtes, abattu des arbres, écrasé les herbes, mais tout ça est dans vous et vous ne pourrez plus vous reposer de votre inquiétude parce que vous n'avez jamais donné d'amour. Respirez-le votre or ; a-t-il le parfum du thym matinal ? Entassez-le votre or ; vous êtes comme des enfants qui comptent les rondelles de soleil dans l'ombre des platanes et puis, un coup de vent efface leur richesse ; entassez-le et, soudain, vous laisserez tomber vos bras fatigués et vous rêverez à ces grands plateaux couleur de violettes ou l'autre Manosque est bâti et où vous n'irez jamais..."

 

Jean Giono, extraits de "Manosque-des-Plateaux", Éditions Gallimard, 1986.

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  • : Le Lecturamak - 2021 Centenaire Georges Brassens
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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