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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 18:13

" Ça m'avait beaucoup intéressé, cette idée de la grandeur qui chute, cette idée que toute chose qui éclot crée une ombre portée. Regardez (il prend une tasse), elle a une ombre ( il la fait tomber), ce qui était dans l'ombre apparaît dans la lumière. On pourrait dire la même chose de l'Europe, elle a été adorée pendant des siècles, et au XXème siècle, l'ombre est apparue, elle peut être détestée aujourd'hui. Lorsque la grandeur chute, la frustration qui poussait dans l'ombre s'exprime..."

 

Wajdi Mouawad : extrait d'entretien dans le magazine Transfuge n°98, mai 2016

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wajdi_Mouawad

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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 18:19

"On m'avait ramassé.J'étais revenu à la vie. Mort, je n'aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au ciel. Cent milliards d'êtres humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu'on retrouve un proche dans la cohue d'une termitière éternelle encombrée d'angelots? ...

   A l'hôpital, tout m'avait souri...La médecine de fine pointe , la sollicitude des infirmières, l'amour de mes proches, la lecture de Villon-le-punk, tout cela m'avait soigné. Il y avait eu surtout la sainteté d'un être venu chaque jour à mon chevet, comme si les hommes de mon espèce méritaient des fidélités de bête. Un arbre par la fenêtre m'avait insufflé sa joie vibrante. Quatre mois plus tard j'étais dehors, bancal, le corps en peine, avec le sang d'un autre dans les veines, le crâne enfoncé, le ventre paralysé, les poumons cicatrisés, la colonne cloutée de vis et le visage difforme. La vie allait moins swinguer.

   Il fallait à présent me montrer fidèle au serment de mes nuits de pitié. Corseté dans un lit, je m'étais dit à voix presque haute : "Si je m'en sors, je traverse la France à pied." Je m'étais vu sur les chemins de pierre ! J'avais rêvé aux bivouacs, je m'étais imaginé fendre les herbes d'un pas de chemineau. Le rêve s'évanouissait toujours quand la porte s'ouvrait : c'était l'heure de la compote.

   Un médecin m'avait dit : " L'été prochain, vous pourrez séjourner dans un centre de rééducation." Je préférais demander aux chemins ce que les tapis roulants étaient sensés me rendre : des forces.

   L'été prochain était venu, il était temps de régler mes comptes avec la chance. En marchant, en rêvassant, j'allais  convoquer le souvenir de ma mère. Son fantôme apparaîtrait si je martelais les routes buissonnières pendant des mois. Pas n'importe quelle route : je voulais m'en aller par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. Il y avait encore une géographie de traverse pour peu qu'on lise les cartes, que l'on accepte le détour et force les passages. Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l'aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie. Les médecins, dans leur vocabulaire d'agents du Politburo, recommandaient de se "rééduquer". Se rééduquer ? Cela commençait par ficher le camp.

   Des motifs pour battre la campagne, j'aurais pu en aligner des dizaines. Me seriner par exemple que j'avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan-Bator et Valparaiso et qu'il était absurde de connaître Samarcande alors qu'il y avait l'Indre-et-Loire. Mais la vraie raison de cette fuite à travers champs, je la tenais serrée sous la forme d'un papier froissé au fond de mon sac..."

 

Sylvain Tesson : extrait de "Sur les chemins noirs" Gallimard, 2016

(lu dans le magazine Lire, octobre 2016)

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 18:25

" Combien de personnes ont laissé leur peau en tentant de dominer et de soumettre ce pays ? Même si les Afghans ne sont que moitié moins abrupts que les montagnes qu'ils peuplent, la mission est vouée à l'échec dès son tout début. Pourtant, ces tentatives n'ont pas manqué. Les Britanniques ont essayé dès 1839, Dost Mohammad Khan régnait alors sur Kaboul depuis 1818. Il avait toujours été positif à l'égard des Britanniques, mais en 1837, des rapports alarmants annoncèrent qu'il était en passe de signer des accords avec des émissaires russes à Kaboul. La nouvelle éveilla l'inquiétude chez les Britanniques, dont la plus grande crainte était que le Tsar envahisse l'Inde via l'Afghanistan. Après quelques hésitations, les Britanniques décidèrent de remettre sur le trône leur ancien allié, Shah Shojah, chassé de Kaboul trente ans plus tôt.

   En décembre 1838, 20 000 soldats britanniques et indiens partirent d'Inde. Quand ils atteignirent Kaboul, en avril 1839, ils avaient franchi des cols à plus de 4 000 mètres d'altitude et soumis une série de villes afghanes modestes sans pertes conséquentes. Dost Mohammad fut contraint de fuir et Shah Shojah s'accapara le trône. Shojah était pourtant un dirigeant faible et, pour s'assurer qu'il resterait en place, les Britanniques n'eurent d'autre choix que de prolonger leur séjour à Kaboul. Cette présence déplaisait au plus haut point aux Afghans et, en novembre 1841, de violentes émeutes éclatèrent. Les Britanniques reconnurent qu'ils avaient perdu le contrôle et décidèrent de se retirer. Le 6 janvier 1842, l'ensemble de la colonie indo-britannique de Kaboul, soit plus de 16 000 personnes en tout, mit le cap sur la forteresse britannique de Jalalabad, à 145 kilomètres de là. Il faisait un froid terrible ; une partie des migrants succombèrent aux basses températures dès la première nuit, bon nombre eurent les membres gelés. Après trois jours de marche, ils atteignirent la passe de Kurd-Kaboul, où les Afghans les attendaient en embuscade. Les soldats britanniques et indiens n'avaient aucune chance. Des 16 000 partis de Kaboul, un seul parvint à la forteresse de Jalalabad, le médecin William Brydon. Il arriva ensanglanté et exténué, sur un poney en aussi mauvais état que lui, le 13 janvier 1842, une semaine exactement après leur départ de Kaboul. Hormis la petite centaine de Britanniques pris en otage par les Afghans, ainsi que quelques centaines d'Indiens qui réussirent à fuir, toute la colonie indo-britannique fut exterminée dans l'embuscade.

   Quelques mois après l'assassinat de Shah Shojah, Dost Mohammad reprit son trône.

   Il y a beaucoup de ressemblances frappantes entre la tentative britannique de soumettre Kaboul et l'invasion russe qui eut lieu en 1979, cent quarante ans plus tard. Les Russes aussi souhaitaient installer un chef proche du régime à Kaboul. La guerre qui dura neuf ans eut pour résultat la mort de 14 000 soldats soviétiques. Plus d'un million de civils afghans avaient dû payer de leur vie et au moins autant avaient été forcés à l'exil. Quand les chars soviétiques se retirèrent en 1989, ils n'étaient arrivés à rien du tout.
   L'avisé apprend de ses erreurs, le sage de celles des autres, dit-on. Les Britanniques n'appartiennent manifestement à aucune de ces deux catégories car ils soutinrent activement l'invasion que l'OTAN effectua en 2001. Après plus de douze années de guerre, des milliers de personnes sont mortes des deux côtés. Aujourd'hui, les talibans ont de nouveau le vent en poupe, y compris dans des régions afghanes où ils n'avaient encore jamais eu aucune influence..."

 

Erika Fatland : extrait de "Sovietistan" un voyage en Asie centrale" Editions Gaia, 2016

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:54

" A la fin du cinquième jour de ce régime de retraite drastique (drastique signifie d'une rigueur et d'une sévérité excessive), la solution lui vint naturellement sur les lèvres, sous forme d'une expression lapidaire : "Pas de bras pas d’élections." (Lapidaire signifie qui est simple et concis.) C'était évident : celui qui n'avait pas de bras ne pouvait pas voter. (Évident signifie d'une certitude facile à saisir ; clair et manifeste.) Il faut couper les mains au maximum de personnes, au maximum de Sierra-Léonais. Il faut couper les mains à tout Sierra-Léonais fait prisonnier avant de le renvoyer dans la zone occupée par les forces gouvernementales. Foday donna les ordres et des méthodes et les ordres et les méthodes furent appliqués. On procéda aux "manches courtes", c'est quand on ampute les avant-bras du patient au coude ; les "manche-longues", c'est lorsqu'on ampute les deux bras au poignet. Les amputations furent générales, sans exception et sans pitié. Quand une femme se présentait avec son enfant au dos, la femme était amputée et son bébé aussi, quel que soit l'âge du nourrisson. Autant amputer les citoyens bébé car ce sont de futurs électeurs. "

Ahmadou Kourouma, extrait de " Allah n'est pas obligé" Editions du Seuil, septembre 2000

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmadou_Kourouma

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 11:38

Dino Buzzati"Le temps passait, toujours plus rapide ; son rythme silencieux scande la vie, on ne peut s' arrêter même un seul instant, même pas pour jeter un coup d'oeil en arrière. " Arrête ! Arrête ! " voudrait-on crier, mais on se rend compte que c'est inutile. Tout s'enfuit, les hommes, les saisons, les nuages ; et il est inutile de s'agripper aux pierres, de se cramponner au sommet d'un quelconque rocher, les doigts fatigués se desserrent, les bras retombent inertes, on est toujours entraîné dans ce fleuve qui semble lent, mais qui ne s'arrête jamais ...

Jusqu’alors, il avait avancé avec l’insouciance de la première jeunesse, sur une route qui, quand on est enfant, semble infinie, où les années s’écoulent lentes et légères, si bien que nul ne s’aperçoit de leur fuite. On chemine placidement, regardant avec curiosité autour de soi, il n’y a vraiment pas besoin de se hâter, derrière vous personne ne vous presse, et personne ne vous attend, vos camarades aussi avancent sans soucis, s’arrêtant souvent pour jouer. Du seuil de leurs maisons, les grandes personnes vous font des signes amicaux et vous montrent l’horizon avec des sourires complices ; de la sorte, le cœur commence à palpiter de désirs héroïques et tendres, on goûte l’espérance des choses merveilleuses qui vous attendent un peu plus loin ; on ne les voit pas encore, non, mais il est sûr, absolument sûr qu’un jour on les atteindra.

Illusion tenace, la vie lui semblait inépuisable, bien que sa jeunesse eût déjà commencé de se faner. Mais Drogo ignorait ce qu'était le temps...

Et pourtant un jour, il s'est aperçu que, depuis assez longtemps, il n'allait pas galoper sur l'esplanade, derrière le fort. Il s'est même aperçu qu'il n'en avait aucune envie et que, ces derniers mois ( Dieu sait quand exactement ?) , il ne montait plus les escaliers quatre à quatre. Bêtises, a-t-il pensé; physiquement, il se sentait toujours le même, il n'y avait aucun doute, le tout était de recommencer; se faire examiner eût été ridicule et superflu."

 

Dino Buzzati : extrait de " Le désert des tartares" Editions Robert Laffont 1949

 

 

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 16:35

Ainsi la distance qui se maintiendra toujours entre les brutes et les demoiselles qui peuplent le monde vient non pas de l'évaluation respective des forces, parce qu'alors, le monde se diviserait très simplement entre les brutes et les demoiselles, toute brute se jetterait sur chaque demoiselle et le monde serait simple ; mais ce qui maintient la brute, et la maintiendra encore pour des éternités, à distance de la demoiselle, c'est le mystère infini et l'infinie étrangeté des armes, comme ces petites bombes qu'elles portent dans leur sac à main, dont elle projette le liquide dans les yeux des brutes pour les faire pleurer, et l'on voit brusquement les brutes pleurer devant les demoiselles, toutes dignité anéantie, ni homme, ni animal, devenir rien, que les larmes de honte dans la terre d'un champ.
C'est pourquoi brutes et demoiselles se craignent et se méfient tout autant, parce qu'on inflige que les souffrances que l'on peut soi-même supporter, et que l'on ne craint que les souffrances qu'on n'est pas soi-même capable d'infliger.

 

Bernard-Marie Koltès : extrait de  : " Dans la solitude des champs de coton" Editions de  Minuit 1986

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard-Marie_Kolt%C3%A8s

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 17:39

- Vous venez souvient ici ? demanda Giovanni soudain, après un moment de silence. - Non, pas très. - Mais vous viendrez plus souvent maintenant, dit-il le visage illuminé d'un air de moquerie irrésistible. - Pourquoi? bredouillai-je. - Ah ! s'écria-t-il, est-ce que vous ne vous rendez pas compte quand vous vous faites un ami? Je ne savais que je devais avoir l'air idiot et que ma question était idiote aussi. Si vite ? Pourquoi pas ? Il dit cela comme une évidence, puis ajouta, jetant un coup d’œil à sa monte : on peut attendre une heure si vous préférez. On pourrait devenir amis dans une heure. Ou attendre jusqu’à la fermeture. On pourrait devenir amis à ce moment-là. (...) Les gens disent toujours ça, il faut attendre, il faut attendre. Qu'est-ce qu'ils attendent ?

 

James Baldwin : extrait de "La chambre de Giovanni", Payot et Rivages, 1998

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 17:53
Désirs insensés

" Le monde a proclamé la liberté, ces dernières années surtout ; mais que représente cette liberté! Rien que l’esclavage et le suicide ! Car le monde dit : « Tu as des besoins, assouvis-les, tu possèdes les mêmes droits que les grands, et les riches. Ne crains donc pas de les assouvir, accrois-les même » ; voilà ce qu’on enseigne maintenant. Telle est leur conception de la liberté. Et que résulte-t-il de ce droit à accroître les besoins ? Chez les riches, la solitude et le suicide spirituel ; chez les pauvres, l’envie et le meurtre, car on a conféré des droits, mais on n’a pas encore indiqué les moyens d’assouvir les besoins. On assure que le monde, en abrégeant les distances, en transmettant la pensée dans les airs, s’unira toujours davantage, que la fraternité régnera. Hélas ! ne croyez pas à cette union des hommes. Concevant la liberté comme l’accroissement des besoins et leur prompte satisfaction, ils altèrent leur nature, car ils font naître en eux une foule de désirs insensés, d’habitudes et d’imaginations absurdes. Ils ne vivent que pour s’envier mutuellement, pour la sensualité et l’ostentation. Donner des dîners, voyager, posséder des équipages, des grades, des valets, passe pour une nécessité à laquelle on sacrifie jusqu’à sa vie, son honneur et l’amour de l’humanité, on se tuera même, faute de pouvoir la satisfaire. Il en est de même chez ceux qui ne sont pas riches ; quant aux pauvres, l’inassouvissement des besoins et l’envie sont pour le moment noyés dans l’ivresse. Mais bientôt, au lieu de vin, ils s’enivreront de sang, c’est le but vers lequel on les mène. Dites-moi si un tel homme est libre..."

Fiodor Dostoïevski : extrait de "Les frères Karamazov" 1880

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Fr%C3%A8res_Karamazovhttp://

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 17:33
tous des miséreux

" C'est ce que j'aime dans l'art, sa position entre le contingent et l'absolu. C'est un pont croulant, délabré. Au-dessous il y a l'abîme, au-dessus courent les nuages. Ce pont est la maison des artistes...
Tous les hommes vivent dans la marge. Celui qui croît être au centre de l'histoire, de la vie, du monde, est un imbécile. Nous devons tous mourir, par conséquent nous sommes tous des miséreux. J'ai connu beaucoup de gens, ils m'ont tous semblé en danger. J'écris aussi pour me rassurer, je me raconte des histoires qui m'aident à mieux respirer. "

Marco Lodoli, extrait d'entretien pour le magazine" le matricule des Anges " n°173, Mai 2016

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marco_Lodolihttp://

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 17:06

" La langue est un instrument de pouvoir. La manière dont chacun désigne les choses - un ennemi, un projet, un produit - contribue à déterminer ce que les autres en pensent. En retour, tout individu est manipulé, au quotidien, par les mots ; ceux des hommes politiques, des publicitaires, des journalistes et des juristes ; ceux des collègues et des proches. Nous avons conscience de cette puissance de la langue, sans pouvoir nous y soustraire pour autant...

Les mots ne servent pas seulement à véhiculer des informations. Ils éveillent des attentes et des souvenirs, ils influencent nos jugements et nos décisions, ils recréent le monde dans notre esprit. Et le résultat peut étonnamment vite se dissocier de la réalité... Les images lexicales nous imposent une vision du monde. Elles font des voleurs du bien public d'attendrissants "réfugiés fiscaux" et d'authentiques réfugiés des "raz de marée" menaçants. La métaphore oriente la pensée dans une direction bien réelle. Elle suggère des ébauches de solution pour les problèmes qu'elle désigne : n'est-il pas évident qu'il faut construire des digues si un raz de marée menace le pays ?

Les psychologues américains Lers Boroditsky et Paul Thibodeau ont révélé cette capacité des métaphores à manipuler les opinions politiques en menant une expérience étonnante. Ils ont présenté à certains cobayes le texte suivant :

" Une bête ravage la ville d'Addison : il s'agit du crime. Il y a cinq ans, tout allait bien à Addison. Mais, au cours des cinq dernières années, les systèmes de défense de la ville se sont affaiblis et celle-ci a été livrée au crime. Aujourd'hui ont lieu plus de 55 000 incidents criminels par an - leur nombre a augmenté de plus de 10 000... Quelles solutions proposeriez vous pour réduire la criminalité ? "

71% des, personnes interrogées au sein de ce premier groupe répondirent qu'il fallait pourchasser les criminels et les punir plus durement encore. Un second groupe fut d'un autre avis. Ses membres recommandaient plus souvent de rechercher les causes de la criminalité, de lutter contre la pauvreté et d'améliorer l'accès à l'éducation. D'où venait cette discordance ? D'un simple mot. Alors que le texte du premier groupe décrivait la criminalité comme une "bête", il était question dans le second texte d'un "virus" - d'un agent pathogène, donc, contre lequel la prévention pouvait être utile. Il ne semble pas exagéré de dire, à l'instar des linguistes californiens George Lakoff et Elizabeth Wehling dans leur livre The little blue book. The essential guide to thinking and talking democratic. (Free Press 2012) que les métaphores peuvent orienter le comportement politique de nations entières. " Aucune relation entre les partis et les électeurs n'est plus intime et plus importante que celle qui - de cerveau à cerveau - est établie par la langue" "

Claudia Wustenhagen : extrait de " ces mots qui nous gouvernent", article dans la revue Books n°77, juin 2016, à propos du livre de Marianne Hanseler : "Métaphores sous le microscope"

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Published by jmlire9258 - dans Dans la Presse
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  • : " Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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