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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 19:34

" Tout à coup, un besoin urgent de me vider la vessie. Je n'aurais pas dû boire ce dernier verre de vin, mais la tentation était trop forte et il est vrai que j'aime bien me coucher un peu parti. La bouteille à jus de pomme est posée par terre près du lit, mais j'ai beau tendre la main et tâtonner dans le noir, je ne la trouve pas. Une idée de Miriam, cette bouteille - afin de m'épargner la douleur et la difficulté d'avoir à me lever et à claudiquer jusqu'à la salle de bains au beau milieu de la nuit. Une idée excellente, mais toute l'astuce consiste à avoir la bouteille sous la main, or, cette nuit, mes doigts tendus s'agitent sans entrer en contact avec le verre. La seule solution serait d'allumer la lampe de chevet mais, si je fais cela, ma moindre chance de m'endormir  s'envolera pour de bon. Ce n'est qu'une ampoule de quinze watts mais, dans les ténèbres d'encre de cette chambre, l'allumer reviendrait à m'exposer à l'éclat brûlant d'une flamme. Je me sentirais aveugle pendant quelques instants et puis, lorsque mes pupilles se seraient peu à peu dilatées, je me retrouverais complètement éveillé et, même quand j'aurais éteint la lampe, mon cerveau continuerait à tourner en rond jusqu'à l'aube. Je sais cela de longue expérience, d'une vie entière  de combats contre moi-même dans les tranchées de la nuit. Bon, tant pis, rien à faire, rien de rien. J'allume. Je suis aveuglé. Je cligne lentement des yeux pendant que ma vision s'ajuste, et j'aperçois la bouteille, debout sur le plancher à cinq centimètres à peine de son emplacement habituel. Je me penche, j'étire un peu plus mon corps et j'attrape la maudite bouteille. Ensuite, repoussant les couvertures, je me mets avec lenteur en position assise - prudemment, prudemment, afin de ne pas susciter l'ire de ma jambe fracassée -, je dévisse le couvercle, j'enfile ma verge dans le goulot et je laisse venir. Cela ne manque jamais d'être une satisfaction, ce moment où le flot arrive, et puis la vision du liquide blond bouillonnant en cascade dans la bouteille dont le verre se réchauffe sous ma main. Combien de fois un individu puisse-t-il en l'espace de soixante-douze années ? Je pourrais tenter le calcul, mais quel intérêt maintenant que l'affaire est presque faite ? En retirant mon pénis du goulot, je contemple mon vieux camarade et je me demande si je referais jamais l'amour, si je rencontrerai jamais une autre femme disposée à coucher avec moi et à passer une nuit dans mes bras. Je repousse cette pensée, je me somme d'arrêter ça, car ce chemin là mène à la folie. Pourquoi a-t-il fallu que tu meures, Sonia ? Pourquoi n'ai-je pu partir le premier ?..."

 

Paul Auster : extrait de " Seul dans le noir" Actes Sud, 2009

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 17:44

salman rushdie, 2014Mon éducation sur le sujet de la terreur avait commencé bien avant l'émergence de l'islamisme. Dans ma jeunesse à Londres, c'était l'IRA. Vous aviez régulièrement des bombes qui explosaient dans un supermarché ou ailleurs, et j'étais très impressionné par la réaction des Anglais, cette façon de dire : " Ok, ce sont des choses qui arrivent", ce refus de céder à la logique de la terreur. Ç'a été mon apprentissage,... bien avant que ça prenne un tour personnel et que ça n'affecte mon existence directement. Lorsque ça m'est arrivé, c'était la fin de la guerre froide, la libération de Mandela, un grand moment d'espoir pour le reste du monde, et ma vie basculait dans la direction opposée. ce qui a rendu les choses pire encore, pour moi, d'ailleurs. Les gens fêtaient la fin des murs, tandis que des murs s'érigeaient autour de moi. Ce furent des années très difficiles. Mais, si vous êtes écrivain, vous apprenez de toute expérience. Aujourd'hui, je me dis que j'ai vécu en avance quelque chose qui à présent arrive à tout le monde. En ce sens, ç'a été un apprentissage."

 

Salman Rushdie : extrait d'entretien pour "Le Magazine Littéraire" septembre 2016

https://fr.wikipedia.org/wiki/Salman_Rushdie

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 15:56

" Un jour, il y a de cela une trentaine d'années, j'ai été entraîné par le courant. C'était sur un affluent du Zambèze, à l'extrême nord-ouest de la Zambie, dans la région de Mwinilunga. Nous étions quatre, serrés dans un petit hors-bord en plastique ; nous avions remonté le courant puis coupé le moteur pour redescendre au fil de l'eau et pêcher le tigerfish, le poisson-tigre. À un certain endroit, le fleuve formait une fourche. nous devions emprunter le bras qui nous ramènerait à l'endroit où nous avions laissé tentes et voiture. Il était vital de redémarrer le moteur à temps, car cette fourche était un lieu de rassemblement pour les hippopotames. Or ceux-xi venaient d'avoir des petits et étaient extrêmement agressifs. peu de gens savent que l'hippopotame, avec sa nonchalance trompeuse, est l'animal qui tue le plus de personnes chaque année en Afrique. Évidemment, quand le barreur a tiré sur la cordelette du lanceur, le moteur n'a pas démarré. Au début, nous avons trouvé ça drôle. Mais on distinguait déjà les têtes des hippopotames en aval. Nous n'avions aucune chance de réussir à passer au large en utilisant les avirons. Et si le bateau arrivait au milieu d'eux, ce serait fini. Ils le feraient chavirer illico et nous tueraient proprement en nous coupant en deux d'un coup de leurs mâchoires géantes.

   Un étrange silence est descendu pendant que le barreur - qui était celui parmi nous qui connaissait le mieux le bateau - tirait fébrilement sur la ficelle. Il n'y avait rien à dire. Nous savions tous ce qui arriverait s'il ne réussissait pas dans les minutes à venir. Se jeter à l'eau et tenter de gagner la rive à la nage, ce n'était pas non plus une bonne idée. Le fleuve était infesté de crocodiles. Nous serions engloutis et broyés bien avant d'atteindre le rivage.

   Par bonheur, le moteur a fini par démarrer. Nous avons eu le temps de virer et de passer au large.

   Ce soir-là, au campement, nous étions plus silencieux que d'habitude. Le feu crépitait, les flammes dansaient sur nos visages.

   Bien des années plus tard, j'en ai reparlé avec l'un des membres de l'équipée. Je lui ai demandé à quoi il avait pensé pendant que nous descendions le courant tout droit vers les hippopotames. Il n'a pas eu besoin de réfléchir. Il avait souvent revécu cet instant en pensée.

   " Je cherchais fébrilement une issue. Mais il y en avait pas. C'est la seule fois de ma vie où j'ai renoncé. Quand le moteur est reparti, j'ai pensé qu'il y avait un Dieu tout compte fait. Ce qui s'est passé à ce moment là n'était pas de l'ordre de l'humain.

   - Les bougies étaient noyées, c'est tout. La religion n'a rien à voir là-dedans."

   Mon ami n'a rien dit. Pour lui, l'hypothèse d'un Dieu était plus satisfaisante.

   C'était son choix. Ce n'était pas le mien. Dieu où les bougies d'allumage.

   Nous n'avions pas fait le même."

 

Henning Mankell : extrait de "Sable mouvant, fragments de ma vie" Seuil 2015

 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 18:57

  Cher Ami,

  Faites toutes sortes d'amitiés à Bourotte si cette lettre vous atteint à temps ; et ne manquez pas de faire remarquer à cet (sic) andouille que quand je lui demande une photo de Çiva debout, ce n'est pas une raison pour qu'il m'en envoie une du même personnage assis.

  J'attends avec une impatience confiante les cigarettes, le café, et le petit chat égyptien qui ne manquera pas de déchirer tous les rideaux et faciliter, par ces moyens directs et magiques l'incendie rapide de la maison. Madeleine s'inquiète déjà de ne ce qu'il ne  pourra se reproduire qu'avec des chattes locales ! Mais les femmes sont généralement obsédées par l'avenir.

  Je continue à rêver vaguement d'aller faire un tour dans des pays sur vôtre bateau avant qu'il ne se décide à couler. J'ai l'illusion de terminer la Psychologie de l'Art  et l'illusion beaucoup plus délirante que les éditeurs seront capables de le sortir rapidement. Enfin vous en connaîtrez la publication par expérience , puisque vous le recevrez.

 

Bien amicalement.

 

André Malraux : lettre à André Girard, commissaire de bord du courrier français pour le Japon La Marseillaise, " Lettres choisies 1920-1976", Gallimard, 2012

 

 

 

 

 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 18:00

" Il y a les écrivains qui font (ce qui n'est pas nécessairement méprisable) et ceux qui sont. Ceux-ci n'ont pas d'autre action possible que de fixer des lambeaux d'eux-mêmes ; ça donne quelquefois les Karamazoff. Mais leur problème n'est pas celui de leurs rêves, c'est celui de leur douleur, dans la mesure où elle est injustifiable et sans espoir - de leur tragédie. Ils sont les accusateurs du monde, mais à travers eux-mêmes, c'est là que ça se complique, parce que c'est là, je crois, qu'est la question."

 

André Malraux : Extrait d'une correspondance avec Louis Guilloux. " Lettres choisies" Gallimard, 2012

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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 17:52

" Je voyais défiler toutes ces maîtresses. Je m'efforçais de les mettre en rang, de les classer mais je mélangeais leurs noms, leurs seins, leurs jambes, leurs histoires. Je pensais que Maria exagérait. À l'entendre, je n'avais jamais fréquenté que des "sans vergogne".À part la coiffeuse, Graças, elles ne valaient pas la corde pour les pendre. Maria de Lurdes me mettait en garde contre toutes ces filles. Au Brésil, en Amazonie en tout cas, les femmes aussi savent jouer du couteau. Est-ce que je me rappelais le vieil Alcibiade, le type de la favela, qu'on avait retrouvé dans son taudis, presque mort et puis mort tout à fait parce qu' Edvarda Rusbilla lui avait vidé un chargeur dans la nuque ! J'ai dit :

   - Oui, je me rappelle le vieil Alcibiade.

   Je faisais mine de prendre ça à la blague. J'ai demandé d'une voix sérieuse :Santa Teresa Rio de Janeiro Brazil

   - Et qu'est-ce que tu feras, toi, si ça arrive ?

   - Je t'enterrerai, à-t-elle dit.

   - Tu as raison, ai-je dit.
   - On chantera le chant Excelencia, mais tu ne pourras même pas l'entendre puisque seulement les femmes ont le droit de le chanter et de l'entendre le chant Excelencia.

   - Même les hommes morts n'ont pas le droit de l'entendre, le chant Excelencia ?

   - Même les hommes morts.
   - Alors, ça sert à quoi de mourir ?

   - Ça sert à rien, à rien du tout, même.

   - Tu pleureras ?

   - Je verrai. On peut pas tout prévoir. Je ne sais pas. Je demanderai aux gens...."

 

Gilles Lapouge : extrait de " Nuits tranquilles à Belém" Flammarion, 2015

 

  

  

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 16:29

" C'était un dimanche de pluie, un dimanche de l'été,... et nous avons consacré des heures à hurler continûment. Sans repos. On s'y est collé à neuf heures du matin et on a fait le tour du cadran. surtout elle. Moi, ce n'est pas mon genre. Je suis doux, mais on ne sait jamais. Peut-être que j'étais très violent. Alors, à tout hasard, je criais un peu et puis, quel prétentieux, celui qui prétendrait savoir s'il est gentil ou s'il est méchant. Des fois, vôtre caractère vous explose au nez comme une grenade. Personne ne sait grand-chose, voilà le vrai. On bouge comme on peut. Ténèbres et surprises, comme l'a peut-être écrit un écrivain. Quand on se penche sur soi, on voit un trou. C'est pourquoi, par prudence, et au cas où j'aurais été un type hargneux, je criais de temps en temps. je sais bien que je ne suis pas fort pour crier, mais si vous croyez que c'est agréable de ne pas savoir si l'on est gentil ou si l'on est méchant !

   Je m'ennuyais. Je sentais l'odeur de feuilles de tabac et celle d'un ragoût de haricots noirs et d'huile de dendê, et des odeurs moisies de l'été, mais elle est sortie, et il pleuvait. Nous sommes allés dans le jardin qui était un morceau de terre, tombé là, sans barrière ni chemins, sans salades ni radis, une terre à peine de la terre, une terre comme la terre d'un " paysan sans terre", un tapis de mauvaises herbes, de lianes, de bestioles et de ronces, avec un arbre énorme, un noyer du Para grand comme une forêt.

   Il y avait la pluie et la pluie. La femme et même ma femme était plantée sur ses jambes. elle se secouait comme un cheval, et les gouttes d'eau volaient autour de sa tête. Je pensais aux lanières d'un fouet et à la Gorgone. J'aurais bien voulu l'aider. Sa figure était laide, et il y avait tellement de douleur dans ses yeux pâles que j'avais de la compassion, et j'aurais fait n'importe quoi pour qu'elle soit belle mais je n'avais aucune idée de ce que je pouvais avouer. Elle ne me fournissait pas la moindre munition. Je ne pouvais pas m'en tirer tout seul.

   Au commencement de cette dispute, j'avais imaginé que mon péché et ma vergogne, c'était ma fuite en Guyane. Elle m'a détrompé, elle m'a dit que pas du tout. Cette idée de faire le chercheur d'or en Guyane, nous l'avions porté ensemble, un matin, et même pas ensemble puisque c'est elle qui avait imaginé ça à cause de ces "monstres de dettes". Les femmes sont franches. C'est leur inconvénient. Les hommes sont mieux élevés et plus délicats. Ils mentent tout le temps.

   À ce moment là, elle m'a dit que si elle m'en voulait, ce n'était pas à cause de la Guyane. J'ai pensé que je m'approchais. Elle allait me dire ce que j'avais fait, simple bêtise ou bien vilenie. C'était comme au jeu de la main chaude. Je brûlais. J'allais savoir. J'étais sur la bonne route mais je marchais sur des œufs. Le moindre faux pas et j'irais au fossé.

   J'étais au moment d'ouvrir la lucarne, et j'allais jeter un œil sur moi. Je voyais la forme de ma vie comme on devine un cadavre sous un suaire, mais je n'osais pas soulever le drap, qu'est-ce que j'allais trouver ? Et puis elle en a eu assez de ses hurlements et elle est retournée à ses cigares. Elle était leste comme une jeune femme. J'étais comme un peloton de ficelles. Je ne savais pas sur quel brin je devais tirer pour défaire le nœud. J'étais inextricable. La logique allait tête en bas. Plus je disais la vérité et plus je m'embrouillais. Des milliers de mensonges et des milliers de vérités grouillaient, comme des mille-pattes, comme des blattes et comme ces petites bêtes qui encombrent ce coin du monde. Il paraît que, si on met les unes sur les autres toutes les fourmis qui gigotent sur la terre, c'est aussi lourd que tous les humains ensemble, c'est dire ! J'aurais donné deux sous pour qu'elle soit belle, car elle était tellement belle..."

 

Gilles Lapouge : extrait de "Nuits tranquilles à Belém", Flammarion 2015

 

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 17:20

" Les montagnes Rocheuses étaient toutes proches et j'arrivais dans des lieux où bientôt il n'y aurait plus ni routes goudronnées, ni poteaux téléphoniques, ni antennes de télévision, rien que des truites. dans le torrent qui coulait à nos pieds, elles étaient roses et lilas, tandis que dans le lac en forme de cœur, au-dessus de nous, elles avaient les couleurs de l'arc-en-ciel. Nous étions à trois mille mètres. Au sommet des Rocheuses vivait un homme qui possédait quarante-cinq chevaux et trois femmes mexicaines, l'une plus menue que l'autre. Il n'avait jamais vu Chicago, et New York ne l'intéressait pas plus que Pékin ou Le Cap.

   Le soir de nôtre arrivée, je me suis jetée au lit sous l'édredon. Au moment de m'endormir, j'ai senti un animal gratter sous l'oreiller, mais je n'avais pas la force de rallumer la bougie et de laisser s'échapper cette bête inconnue. D'après les bruits qui me parvenaient, je devinais qu'elle devait être petite et active. Elle ne grignotait pas comme une souris, de façon monotone, ennuyeuse et obstinée. Elle jouait sous mon oreiller et explorait les contours de ma tête. Je décidai que, de toute manière, elle ne pouvait pas me manger et m'endormis, épuisée.

   Je fus réveillée, le lendemain matin, par une sensation curieuse. Quelque chose mordillait doucement les doigts de mon pied droit. C'était le tamias qui s'était amusé durant la nuit sous mon oreiller. On trouve partout en Amérique ces petites bêtes enjouées à la queue touffue qui, lorsqu'elles aperçoivent un homme, se dressent sur les pattes postérieures et les saluent de leurs pattes antérieures. Le mien s'installa le matin même dans la cuisine, puis il disparut pour reparaître de temps à autre dans la cabane, en compagnie d'une demi-douzaine d'autres.

   Le soir, quand nous grillions nos truites, on entendait les pas légers d'un daim et le bruit sec de ses bois contre le montant de la porte. Il me présentait d'abord sa tête soyeuse sur laquelle brillait un énorme œil. Puis , il me regardait de face avant de disparaître fièrement sans rien demander. Il s'éloignait à pas légers et soudain se mettait au galop en frappant le sentier de ses sabots qui résonnaient sourdement dans le silence du soir."

 

Nina Berberova, extrait de " C'est moi qui souligne" Actes Sud 1989

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 18:13

" Dès lors, ce souvenir de Léon fut comme le centre de son ennui ; il pétillait plus fort que, dans une steppe de Russie, un feu de voyageurs abandonné sur la neige. Elle se précipitait vers lui, elle se blottissait contre, elle remuait délicatement ce foyer près de s'éteindre, elle allait cherchant tout autour d'elle ce qui pouvait l'aviver davantage ; et les réminiscences les plus lointaines comme les plus immédiates occasions, ce qu'elle éprouvait avec ce qu'elle imaginait, ses envies de volupté qui se dispersaient, ses projets de bonheur qui craquaient au vent comme des branchages morts, sa vertu stérile, ses espérances tombées, la litière domestique, elle ramassait tout, prenait tout, et faisait servir tout à réchauffer sa tristesse "

Gustave Flaubert : extrait de "Madame Bovary"

 

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Published by jmlire9258 - dans Extraits de livres
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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 16:55

" Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la forme interne de son style, comme la terre, sans être soutenue, se tient en l'air, un livre qui n'aurait presque pas de sujet, où du moins ou le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière."

 

Gustave Flaubert, Correspondance I

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  • : Le Lecturamak
  • : " Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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