Jeudi 5 novembre 2009
C'était un bavard de talent très mince
Et pendant trente ans, il avait été
Fameux à Paris, grand homme en province
Ministre deux fois, toujours député.

Traité d'éminent et de sympathique
Il avait trahi deux ou trois serments
Ainsi qu'il convient dans la politique...
Bref, c'était l'honneur de nos parlements.

Il mourut. Sa ville - elle était très fière
D'avoir enfanté ce contemporain ! -
Dès qu'il fut enfin muet dans la bière,
Le fit sans tarder revivre en airain.

J'ai vu sa statue. Elle est sur la place
Où se tient aussi le marché couvert.
C'est bien l'orateur, son geste menace,
Et sa redingote est en bronze vert


Mais les bons ruraux, vile multitude, 
           


Vendant les produits du pays natal,
Sans y voir malice et par habitude,
Laissent leurs baudets près du piedestal;

Et, tous les lundis, quand les paysannes
Sous les piliers noirs viennent se ranger,
Le tribun d'airain harangue les ânes...
Et ça ne doit pas beaucoup le changer.

François Coppée : Statue d'homme d'état, Contes en vers et poésies diverses, 1877

Lu dans le recueil En rires, poèmes d'humour pour en voir de toutes les couleurs, Anthologie établie par Christian Poslianec, Seghers 2009
Par jmlire9258 - Publié dans : Poésie - Communauté : Poésie 21
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Mercredi 28 octobre 2009
" L'Académie française a toujours comporté un grand nombre de médiocres. Voyez le XVIIIème siècle : c'était pire ! Quand vous regardez mon fauteuil, le seul nom que vous connaissez est Jules Romains. Voltaire disait : Nous faisons très attention  de ne pas avoir que des grands esprits à l'Académie car ce serait invivable. Et Paul Valèry avait cette formule fabuleuse : L'Académie est composée des plus habiles des hommes sans talent et des plus naifs des hommes de talent . "

Jean D'Ormesson ( de l'Académie Française ). Entretien Lire n°379, octobre 2009
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Vendredi 23 octobre 2009
" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes "

Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009

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Par jmlire9258 - Publié dans : Extraits d'entretiens - Communauté : Lettres et littérature
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Lundi 19 octobre 2009
" Par dessous mon bandeau, de part et d'autres de la piste que nous longions, j'avais entrevu furtivement les éléments d'une division motorisée nord-vietnamienne, dont les hommes en uniformes verts se taisaient à notre passage, laissant seulement échapper par instants quelques bruits fortuits...
  Pareille concentration de forces armées dissimulées en pleine brousse représentait une prouesse logistique, et montrait à quel point la détermination du Vietnam était arrêtée. Mais la machine de guerre communiste avait d'autres atouts, plus dangereux encore pour le commandement américain que ce rassemblement dont les B52 ou les F111 ne feraient qu'une bouchée. Quelques jours auparavant, le lendemain de mon arrestation, sur la piste qu'on m'avait fait suivre jusqu'au village de Ta Mok, notre petit groupe avait croisé, au sortir d'un veal, quelques éléments d'un dispositif militaire beaucoup plus impressionnant : une unité de cyclistes, espacés les uns des autres d'une cinquantaine de mètres, en file le long de sentes à peine marquées sous les arbres. C'était le fer de lance de toutes les offensives. Silencieux, mobiles, indécelables, ces hommes d'âge mûr - ils avaient entre quarante et cinquante ans - semblaient imperfectibles. Les actions rapides, le camouflage, l'attente entre les opérations, constituaient leur quotidien depuis des décennies. Ils portaient tout sur eux : kalachinkov dans le dos, ficelé avec soin pour ne pas tourner ou basculer, chargeurs et grenades attachés aux bretelles, sac de riz sur le ventre, minuscule réchaud, allumettes et ustensiles divers ( bouts de ficelle, fils de fer trouvés en chemin...) dans une musette, photos porno ( recues officiellement ) dans la poche de la chemise, le tout protégé sous une pèlerine à capuche en nylon. Chaque vélo, dont le guidon rouillé et la fourche arrière étaient armés de plaques soudées et de fer à béton, transportait un mortier ou un B40 maintenu au cadre par des élastiques ou du vieux fil électrique ; les munitions étaient fixées sur le porte-bagages à l'aide des chambres à air de rechange, à côté du hamac règlementaire pour la nuit. Celui-ci était pourvu d'une toile de tente imperméable qui permettait de dormir sous la pluie... Chacun de ces combattants était un modèle d'adaptation, de simplicité, d'efficacité : puissance d'attaque, invulnérabilité, coût pour ainsi dire nul. Des professionnels, sans illusions, sans audace, sans autre projet que l'action du lendemain - leurs femmes et leurs enfants restaient un souvenir cher mais lointain -, qui apportaient une réponse fascinante à l'engagement extravagant de l'Oncle Sam dans la région...
  Si les jeunes gens qui me conduisaient n'avaient pas été à cent lieues des axes de la propagande antiaméricaine jouant sur la naiveté des nations les plus riches, les chefs khmers rouges n'auraient jamais pris le risque de laisser partir le témoin de preuves aussi édifiantes  de la présence nord-vietnamienne et de son organisation de guerre en territoire cambodgien.
  Cela dit, les Lacouture* avaient encore de belles années devant eux, car on ne change pas facilement un courant de pensée, si peu fondé soit-il...

François Bizot : extrait de Le Portail Ed La Table Ronde, 2000

(*journaliste spécialiste de la région à l'époque, Jean Lacouture niait ou minimisait dans ses articles la présence des nords vietnamiens au Cambodge.

En novembre 1978, Jean Lacouture reconnait ses erreurs sur ses présentations du Viêt Nam et des Khmers rouges. Dans un entretien à Valeurs Actuelles, il déclare :

« avoir pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien. Je pensais que le conflit contre l'impérialisme américain était profondément juste, et qu'il serait toujours temps, après la guerre, de s'interroger sur la nature véritable du régime. Au Cambodge, j'ai péché par ignorance et par naïveté. Je n'avais aucun moyen de contrôler mes informations. J'avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme, sans que j'aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J'avoue que j'ai manqué de pénétration politique. » http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lacouture )

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/il-a-vu-mourir-le-
cambodge_493790.html


http://www.lescribe.com/romans10.php3?Id_livre=28

http://ecrits-vains.com/points_de_vue/portail.html

http://pascal.ledisque.free.fr/wordpress/?p=1543
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Vendredi 16 octobre 2009
" Je me pose parfois la question de savoir si le théatre a un sens. C'est imbécile... Quel est le sens d'un sport extrème, une ascencion sur la face nord de l'Eiger ? Les réponses les plus absurdes fusent et par les protagonistes eux-mêmes : aller au bout de soi-même. C'est quoi le bout de soi-même, il est où ? Et une fois au bout, vous allez où, vous avez vu quoi ? En revenant, la question est : que reste-t-il à partager, quelle reconnaissance de soi, quels voyages souterrains, essentiels, avez-vous accomplis sur les pentes mortelles de glace et de neige ? Il faut que ça en vaille la peine, et la réponse est que cela en vaut la peine. "

Bernard Giraudeau : extrait de Cher amour Métallié 2009
Par jmlire9258 - Publié dans : Extraits de livres - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mardi 13 octobre 2009
" C'est une chose étrange à la fin que le monde                     
 un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes (...)

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant "

Aragon




http://lapoesiequejaime.net/aragon.htm



Par jmlire9258 - Publié dans : Poésie - Communauté : Poésie 21
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Mardi 6 octobre 2009
" Marta était agenouillée sur une de ces pierres, et elle attendait que la vieille pénitente lui cède la place dans le confessionnal.
  Tant de péchés, pour cette vieille ! Mais était-ce les siens ou ceux de la misère ? Et lesquels, en fait ? Le vieux confesseur les écoutait à travers les petits trous du bois, le visage impassible.
  Elle baissa les yeux et, pour se distraire, essaya de déchiffrer l'inscription funéraire partiellement effacée, sur la pierre qui portait une effigie usée. Là- dessous, un squelette... Quelle importance avait le nom, désormais ? Mais comme le repos de la mort semblait plus intime, plus sûr, plus protégé, dans la paix solennelle d'une église !....
  Par les grandes fenêtres du haut entrait, frappant de ses rais les grandes fresques de la voûte, l'ardente pâleur du jour mourant, dans le vacarme assourdissant et joyeux des hirondelles... "

Luigi Pirandello : extrait de L'exclue, Actes Sud 1996.

http://www.proverbes-citations.com/pirandello.htm

http://www.memo.fr/Dossier.asp?ID=1286
Par jmlire9258 - Publié dans : Extraits de livres - Communauté : J'aime lire
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Mardi 29 septembre 2009
" ... et tous nous nous haissons les uns les autres, moi, Kitty; Kitty, moi. Voilà la vérité !... Pourquoi ces églises, ces sonneries et ces mensonges ? ... Seulement pour cacher que nous nous haissons les uns les autres... La lutte pour la vie, la haine, c'est la seule chose qui lie les hommes... Non, c'est en vain que vous partez ! dit-elle s'adressant mentalement à une compagnie, dans une voiture à quatre chevaux, qui devait aller en pique-nique à la campagne. Et le chien que vous emmenez ne vous aidera pas... Vous ne vous enfuierez pas de vous-mêmes... "

Tolstoi : extrait de " Anna Karénine "

Par jmlire9258 - Publié dans : Extraits de livres - Communauté : Autour des citations
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Mardi 22 septembre 2009

_" je ne te comprends pas, dit Lévine... comment ces gens ne te sont-ils pas odieux ? J'admets qu'il soit agréable de déjeuner au Lafite, mais est-ce que précisément ce luxe ne te révolte pas ? Tous ces gens, comme jadis les fermiers généraux, s'enrichissent par des moyens méprisables ...
_  Pas du tout - Lévine sentit qu'Oblonsky souriait en prononçant ces mots - si je vais chez eux, c'est que je ne les trouve pas plus malhonnêtes que n'importe quels riches marchands et gentilshommes. Les uns et les autres ont acquis également leur fortune par le travail et par l' intelligence.
_  Oui, mais quel travail ! Est-ce un travail, de se procurer une concession pour la revendre ?... Peux-tu comparer ce travail à celui d'un paysan ou d'un savant ? ... Toute rémunération disproportionnée au travail est malhonnête.
_  Et qui sera chargé d'évaluer le travail ?
_  L'acquisition de la fortune par des moyens malhonnêtes, par la ruse, continua Lévine ( mais il se sentait incapable de définir la limite entre l'honnête et le malhonnête ), comme par exemple, les fortunes acquises dans la banque, est un mal.L'acquisition d'énormes fortunes, sans travail correspondant, existait au temps des fermiers généraux, mais la forme seule a changé... Et de nos jours les chemins de fer, les banques, c'est aussi le pain sans travail.
_  Tout cela est peut-être vrai et spirituel... Puis il continua lentement, évidemment convaincu de la justesse de ses objections : - Mais tu n'as pas tracé la limite entre l'honnête et le malhonnête. Pourquoi par exemple, mes appointements sont-ils supérieurs à ceux de mon chef de bureau, qui connaît les affaires mieux que moi ? Est-ce malhonnête ?
_  Je ne sais pas
_  Eh  bien, voici ce que je dirai. Pourquoi gagne-tu, par exemple , cinq mille roubles, tandis qu'avec plus de travail un paysan n'en recevra que cinquante ?...
_  Tu as raison, reprit Lévine, quand tu dis que mes cinq mille roubles de profit sont injustes. Je le sens, mais...
_  Oui, tu le sens, mais pas au point de donner ta terre aux paysans...
_  Je ne la donne pas, parce que personne ne me la demande. Et si même je le voulais, je ne saurais le faire, je ne saurais à qui donner.
_  Donne-la à ce paysan, il ne la refusera pas.
_  Comment faire ? Aller avec lui passer un acte de vente ?
_  Je l'ignore. Mais si tu sens  que tu n'as pas le droit...
_  Au contraire, je sens que je n'ai pas le droit de donner ce que je possède, parce que j'ai des devoirs, et envers la terre, et envers ma famille.
_  Permets. Tu considère cette inégalité comme une injustice : ton devoir est de la faire cesser.
_  Je tâche d'y parvenir en ne faisant rien pour l'accroître.
_  Ça, c'est du paradoxe !... Il faut prendre un parti : ou reconnaître que l'état de la société est ce qu'il doit être, et alors défendre ses droits, ou avouer qu'on profite de privilèges injustes, et dans ce cas, faire comme moi, en profiter avec plaisir.
_  Non, si tu reconnaissais l'iniquité de ces privilèges, tu n'en pourrais jouir agréablement. Moi du moins, je ne le pourrais pas. Le principal pour moi, c'est de ne pas me sentir coupable.
_  Au fait, pourquoi n'irions-nous pas faire un tour ? dit Stepan Arkadiévitch, déjà fatigué de cette conversation. Nous ne dormirons pas. Allons !
  Lévine ne répondit pas. Ce qu'il avait dit en causant, à savoir qu'il tâchait seulement de ne pas augmenter l'inégalité sociale le préoccupait. Peut-on se contenter d'une justice négative ? , se demandait-il...

Tolstoï : extrait de Anna Karénine

http://lililectrice.canalblog.com/archives/2009/09/02/14907735.html

http://www.russie.net/litterature/tolstoi.htm

http://www.evene.fr/celebre/biographie/leon-tolstoi-218.php?citations


Par jmlire9258 - Publié dans : Extraits de livres - Communauté : Agora
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Jeudi 17 septembre 2009

" Je suis né communiste.Vers l'âge de six ou sept ans j'étais coco à mort, promis à un fanatisme plus radical que celui de mon père, si c'est possible. Mais un jour, il s'est passé quelque chose.
   On partait en vacances, tous les six dans la voiture, la caravane derrière. Au moment de passer le Petit-Clamart, non loin du carrefour où, quelques mois plus tôt,  le général de Gaulle avait échappé à la mort, et alors que nous commentions cette tentative d'assassinat, j'ai dû dire ce que je pensais du général de Gaulle, ce qu'on devait tous penser du général de Gaulle : ce salaud, dommage qu'ils l'aient raté, dommage qu'il ne soit pas mort, voilà ce que j'ai dû dire, et dans le brouhaha de cette voiture, la radio, Lucien Jeunesse avec son jeu des Mille francs, j'ai entendu la voix de ma grand-mère, la seule voix féminine de la tribu :
  - Il ne faut jamais souhaiter la mort des gens, Christophe.
  D'où elle sortait ça, Mamie ? Et d'abord, comment on allait faire pour tuer les bourgeois, les curés, les capitalistes, si on ne souhaitait pas leur mort ? Ca ne tenait pas debout. Elle avait déraillé. Mieux valait oublier cette phrase incohérente.
   Mais cette phrase n'a jamais été oubliée, aujourd'hui encore je continue d'entendre la voix étrange de ma grand-mère, ce n'était pas vraiment sa voix, ça venait de beaucoup plus loin, elle-même ne s'était certainement pas reconnue. Je me souviens que ça avait jeté un froid dans l'ambiance survoltée de la voiture. Tandis que Lucien Jeunesse égrenait les secondes de la question rouge sur son triangle, mon grand-père faisait semblant de n'avoir rien entendu, mes oncles se forçaient à ricaner, mais le coeur n' y était plus. Nous étions tous en présence d'un énigme, effarés par ce commandement de Dieu sorti de la bouche de Mamie, et qui venait de sauver le général de Gaulle, notre pire ennemi...

Christophe Donner : extrait de " L'empire de la morale " Grasset 2001

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Jeunesse

Par jmlire9258 - Publié dans : Extraits de livres - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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