"Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
" Et que faudrait-il faire ? Chercher un protecteur puissant, prendre un patron, Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce, Grimper par rus...
" Dormir ensemble. Ah ! ne pas seulement coucher ensemble, mais dormir !
" Ce qui nous manque, c'est de vivre ensemble, songeait-elle ; rien, sans doute, aucune intimité physique ne vaut le sommeil dans le même lit, nuit après nuit, et non pas une heure..."
Comme elle avait changé !... Au coin de sa bouche paraissait une marque à peine perceptible, dessinée, comme avec un trait d'ongle, et qui serait, un jour, la première ride. Cet instant où, tout à coup, on ne se sent plus assurée de rester éternellement jeune, cela ne ressemble pas à une pensée. Ce n'est même pas un instinct. On ne redoute rien encore. On dirait qu'on se souvient. Dans la rue, quand elle passait, quand elle jetait autour d'elle ces regards triomphants, insolents, de l'extrême jeunesse, et qu'une femme vieillissante la croisait, elle lisait clairement sur ce triste visage :
" Toi aussi... toi aussi... un jour..."
Cela approchait. Cela allait venir, pour elle comme pour les autres. Elle comprenait enfin ce que signifiait : "Il m'a rendue femme..."
Oui, femme... Non seulement apte au plaisir, mais à la douleur. Mûrie, non seulement dans sa chair. Cela, ce n'était rien, mais dans son âme.. Ce qu'il avait fait jaillir en elle, cette source mystérieuse, secrète, contenait à la fois et la joie et la peine. Elle avait cessé de se croire vouée au bonheur. Elle savait que toutes les blessures pouvaient l'atteindre, que toutes feraient flèche désormais..."
Irène Némirovsky, extrait de "Deux", Éditions Albin Michel, 1936, 2011.
" Lire, écrire : autant de ruses du Barbare pour se faire Classique. Le Barbare croit que le Classique a un secret, un truc ( Valéry dit que Degas était paralysé par sa connaissance des maître...
" Un peu comme les nuits où je savais qu'il se réveillerait une heure trop tôt, une heure avant que le réveil ne sonne. Je me souviens de ces heures à regarder dans la nuit, comment je regardais ses yeux ouverts sans qu'il me voie, lui, dans la nuit, croyant que moi je dormais et alors je le regardais dans son silence , éveillé, les yeux clignaient, je voyais les reflets - et c'était comme de lui voler des regards qu'il donnait aux choses auxquelles il pensait. Comme j'aurais voulu lui demander, toujours, en surprenant dans son regard la sincérité d'une pensée tournée vers elle-même, de quoi elle était faite, de quels souvenirs, de quelles attentes, j'aurais dit : dis-moi, dis-moi où tu es...
Et je ne pouvais rien faire. Rien pour que ça change. juste espérer. juste tout donner, me jeter là-dedans, dans cette idée de tout donner et de se dire : je finirai par oublier et peut-être qu'un jour je penserai comme les autres, que ce ne sont pas des histoires qu'on raconte aux autres, ce ne sont que des histoires toutes bêtes, des histoires d'amour, c'est tout. Et des gens qui partent, de toute façon, tout le monde connaît ça. Le monde est fait de gens qui partent..."
Laurent Mauvignier, extrait de : "Apprendre à finir", Les Éditions de Minuit, 2000.
Flannery O'Connor " À dix-huit ans, quand il fut mobilisé, il vit dans la guerre un piège qu'on lui tendait pour l'induire en tentation. Il se serait bien tiré une balle dans le pied s'il n'ava...