Publié le 10 Août 2023

     

             À la santé                                           

Apollinaire

 

                          I

Avant d’entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu’es-tu devenu...

                          II

Le soleil filtre à travers
Les vitres
Ses rayons font sur mes vers
Les pitres
Et dansent sur le papier
J’écoute
Quelqu’un qui frappe du pied
La voûte

                          III

Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Tournons tournons tournons toujours
Le ciel est bleu comme une chaîne
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène

Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine
Avec les clefs qu’il fait tinter
Que le geôlier aille et revienne
Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine

                         IV

Que je m’ennuie entre ces murs tout nus
Et peints de couleurs pâles
Une mouche sur le papier à pas menus
Parcourt mes lignes inégales

Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur
Toi qui me l’as donnée
Prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur
Le bruit de ma chaise enchaînée

Et tous ces pauvres cœurs battant dans la prison
L’Amour qui m’accompagne
Prends en pitié surtout ma débile raison
Et ce désespoir qui la gagne

                           V

Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement
Tu pleureras l’heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures

                           VI

J’écoute les bruits de la ville
Et prisonnier sans horizon
Je ne vois rien qu’un ciel hostile
Et les murs nus de ma prison

Le jour s’en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison.

 

 

Apollinaire, extrait de "Alcools", Gallimard, 1920

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Publié le 8 Août 2023

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 6 Août 2023

Le Vieillard dangereux que nous racontent les prêtres. 

 

Poète, dramaturge et diplomate français Paul Claudel (1868-1955)
Paul Claudel, 1927

 Don Camille : [...] Beaucoup d'admirateurs ignorants qui ne savent que dire amen à tout ne valent pas un critique éclairé.

   Dona Prouhèze : Si Dieu a besoin de vous, ne croyez-vous pas  que vous aussi de votre côté ayez de Lui besoin?

   Don Camille : J'ai nourri quelque temps en effet cette prudente et salutaire pensée. Le Vieillard dangereux que nous racontent les prêtres, pourquoi ne pas nous mettre bien avec Lui ?

   Cela ne coûte pas grand chose. Il est si peu gênant et Il tient si peu de place !

   Un coup de chapeau, et Le voilà content. Quelques égards extérieurs, quelques cajoleries qui ne trouvent jamais les vieillards insensibles. Au fond nous savons qu'Il est aveugle et un peu gâteux.

   Il est plus facile de Le mettre de notre côté et de nous servir de Lui pour soutenir nos petits arrangements confortables,

   Patrie, famille, propriété, la richesse pour les riches, la gale pour les galeux, peu pour les gens de peu et rien du tout pour les hommes de rien. À nous le profit, à Lui l'honneur, un honneur que nous partageons.

   Dona Prouhèze : J'ai horreur de vous entendre blasphémer.

   Don Camille : J'oubliais. Un bel amant pour les femmes amoureuses en ce monde, ou dans l'autre.

   L'éternité bienheureuse dont nous parlent les curés

   N'étant là que pour donner aux femmes vertueuses dans l'autre monde les plaisirs que les autres s'adjugent en celui-ci

   Est-ce encore moi qui blasphème ?

   Dona Prouhèze : Toutes ces choses grossières dont vous vous moquez, tout de même cela est capable de brûler sur le cœur de l'homme et de devenir de la prière.

   Avec quoi voulez-vous que je prie

   Tout ce qui nous manque, c'est cela qui nous sert à demander.

   Le saint prie avec son espérance et le pêcheur son pêché.

   Don Camille : Et moi je n'ai absolument rien à demander. Je crois avec l'Afrique et Mahomet que Dieu existe.

   Le prophète Mahomet est venu pour nous dire qu'il suffit pour l'éternité que Dieu existe.

   Je désire qu'Il reste Dieu. Je ne désire pas qu'IL prenne aucun déguisement.

   Pourquoi a-t-il si mauvaise opinion de nous ? Pourquoi croît-il qu'il ne peut nous gagner que par des cadeaux ? 

   Et qu'IL a besoin de changer de visage afin de se faire connaître de nous ? 

   Cela me fait de la peine de Le voir ainsi s'abaisser et nous faire des avances...

 

Paul Claudel , extrait de " Le Soulier de satin ", 1919-1924. Éditions Gallimard, 1929.

       

 

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Publié le 5 Août 2023

 

1797

" De l'humeur naît une vapeur au travers de laquelle on voit tout faux."

                                  

" L'évidence intérieure intime. La clarté sans éclat. Constituée par la facilité à croire. L'invidence en un mot, si ce mot peut être employé "

                                  

 

1798

" Raisonner, argumenter. C'est marcher avec des béquilles dans la recherche de la vérité..."

 

1801

 

"Cet homme aussi, il a besoin de perspective. Vous l'approchez trop de votre œil."

                                         

"Observez qu'après l'innocence, ce qu'il y a de plus beau au monde c'est l'affliction et le repentir. Je parle de cette beauté d'expression que ces sentiments donnent à nos traits."

 

1807

 

"...aura allumé les chandelles. En effet, chacun porte en soi (comme autant de flambeaux) des idées qui l'éclairent... D'autres allument souvent ces chandelles - quelquefois elles s'allument d'elles-mêmes. Ce qui est certain, c'est que nous ne recevons aucune clarté que d'elles seules ; lorsqu'elles manquent, on a beau battre des briquets.

   Chacun (donc) ne peut voir qu'à sa lampe ; mais il peut marcher ou agir à la lumière d'autrui."

 

1812

 

   " L'illusion qui fait dire "cela est beau" est une fort bonne illusion. Mais celle qui fait dure "cela est vrai" est une illusion pernicieuse. La première nous ment et nous amuse, non sans utilité ; la seconde nous trompe, nous enfle, nous déprave, nous nuit."

 

1813

 

" Le silence. - Délices du silence - Il faut que les pensées naissent de l'âme et les paroles du silence. - Un silence attentif. "

 

 

Joseph Joubert : extrait de "Pensées, choix et introduction par Georges Poulet", Union générale d'Éditions, 1966, Pocket, 2018.

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 4 Août 2023

Witold Gombrowicz. Vence, 1966. Fot. Bohdan Paczowski.
Witold Gombrowicz. Vence, 1966.

 

l'homme réel est celui qui a mal .

 

" Or, pour moi, chaque fois que l'homme tente de sortir de lui-même, - qu'il s'agisse d'esthétique pur, de pur structuralisme, de religion ou de marxisme - il sacrifie à une naïveté condamnée à l'échec. C'est là un genre de mysticisme relevant du martyr. La tendance à se déshumaniser (que je cultive d'ailleurs moi-même) doit nécessairement s'accompagner de la tendance contraire qui consiste à s'humaniser ; sinon, le réel croule tel un château de cartes, et nous voilà menacés de sombrer au fond d'un verbalisme totalement irréel. Eh non ! jamais ces formules ne pourront rassasier personne ! Vos constructions et tous ces édifices que vous dressez resteront vides tant que quelqu’un ne viendra pas les habiter. Plus l'homme devient pour vous insaisissable, inaccessible, relevant de l'abîme, plongé dans d'autres éléments, prisonnier des formes, articulé si l'on peut dire par une bouche qui n'est pas la sienne, plus brûlante et plus impérieuse devient la présence de l'homme normal, tel que nous le proposent notre quotidienne expérience et notre sentiment quotidien, bref, l'homme de la rue et du bistrot, concrètement donné. Le fait d'atteindre aux frontières de l'humain doit sur le champ être équilibré par une retraite précipitée dans la norme humaine; dans l'humain moyen. Il vous est permis de plonger dans  le gouffre de l'humain, mais à condition de faire à nouveau surface.

   Si toutefois on me demandait une définition - la plus profonde, la plus difficile qui soit - de ce quelqu'un qui doit, à mon avis, habiter toute cette kyrielle de structures et constructions diverses, je dirais tout simplement que c'est la Douleur. Car la réalité est ce qui nous résiste, c'est-à-dire ce qui fait mal. Et l'homme réel est celui qui a mal..."

 

Witold Gombrowicz, extrait de "Journal, Tome II, 1959-1969. Éditions Gallimard, 1995

 

 

 

 

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

 

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Rédigé par jmlire9258

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