Publié le 3 Août 2023

 

Jim Harrison

JH : D.H Lawrence disait : "La seule aristocratie est celle de la conscience'"

GS  : Qu'entendait-il par là, à ton avis ?

JH : Je crois qu'il voulais dire que plus une personne est consciente, plus elle vit intensément - si l'intensité est le critère, la vie étant si brève... comme nous l'avons tous les deux remarqué récemment. Que celui qui fait l'expérience la plus vive de l'existence...

GS : La plus vive ? Je ne suis pas certain d'être d'accord avec la façon dont il a dit ça, mais c'est une bonne question.

JH : Pourquoi n'es-tu pas d'accord ?

GS : Oh, parce que c'est trop spectaculaire, trop romantique.

JH : il était comme ça.

GS : Bien sûr. En tout cas, en comparaison, de cette assertion, une conception extrême orientale de l'aristocratie de la conscience, chinoise ou coréenne, serait plus sereine et modérée. pas comme un embrasement chatoyant, pas comme une chandelle enflammée qui s'éteint.

JH : C'est aussi ce que Kobun Chino Sensei pensait. Certains critiquaient son ami Deshimaru parce qu'il disait : "Vous devez être attentifs comme si un feu brûlait dans vos cheveux." Et Kobun disait : "Vous devez être attentifs comme si vous peigniez un verre d'eau."

GS : Ah, c'est mieux.

JH : Cette idée du caractère divin de l'ordinaire...

GS : Exactement. On a là deux facettes du zen...

JH : René Char dit que si tu es un poète, tout ce que tu dois faire, c'est "être là quand le pain sort du four".

GS : Ça me plait...

                                                                  ****

 

Jim Harrison, Gary Snyder : extrait de "Aristocrates sauvages",2010.  Éditions Wild Project, 2011 et 2022 pour la version française.

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Publié le 2 Août 2023

 

« La question, pour moi, n’est pas de savoir s’il y a, oui ou non, un espoir pour le Noir dans une société à majorité blanche. La question est de savoir si oui ou non cette société est capable de se libérer de ces termes obsolètes et de devenir, dans les faits, joyeusement aveugle à la couleur de la peau »

 

« C’est entièrement au peuple américain qu’il revient de décider s’il va ou non regarder en face cet étranger qu’il calomnie depuis si longtemps, s’occuper de lui et l’embrasser. Ce que les Blancs doivent faire, c’est essayer de trouver au fond d’eux-mêmes pourquoi, tout d’abord, il leur a été nécessaire d’avoir un “nègre”, parce que je ne suis pas un “nègre”. Je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Mais si vous pensez que je suis un nègre, ça veut dire qu’il vous en faut un […]. Et si vous, les Blancs, l’avez inventé, alors vous devez trouver pourquoi. Et l’avenir du pays dépend de cela, de si oui ou non le pays est capable de se poser cette question. »

 

 « On ne peut pas changer tout ce qu’on affronte, mais on ne peut jamais changer ce qu’on n’affronte pas. »

 

« Ce que les Blancs ignorent des Noirs révèle, précisément et inexorablement, ce qu’ils ignorent d’eux-mêmes. » 

 

« L’origine de toutes les difficultés humaines se trouve peut-être dans notre propension à sacrifier la beauté de nos vies, à nous emprisonner dans des totems, tabous, croix, sacrifices de sang, clochers, mosquées, races, armées, drapeaux, nations afin de dénier que la mort existe, ce qui est précisément notre unique certitude. »

 

« Il m’a fallu beaucoup d’années pour vomir toutes les saletés qu’on m’avait enseignées sur moi-même, et auxquelles je croyais à moitié… »

 

« Aujourd’hui comme hier, les Américains blancs ne peuvent pas croire à la réalité des injustices supportées par les Américains noirs. Ils ne le peuvent pas parce qu’ils sont incapables d’affronter ce qu’elles révèlent sur eux-mêmes et leur pays. »

 

« L’homme blanc tire sa haine de la terreur, / une terreur sans fond ni nom / qui se focalise sur le Noir comme figure d’effroi / sur une entité qui n’existe que dans son esprit. »

 

"Je pense que c’est un désastre spirituel que de prétendre ne pas aimer son pays. Vous pouvez le désapprouver, vous pouvez être forcé de le quitter, vous pouvez vivre toute votre vie comme une bataille, et pourtant je ne pense pas qu’on puisse y échapper […]. Vous ne pouvez pas tirer sur vos racines pour aller les replanter ailleurs. » 

 

« Chacun de nous, inéluctablement et à jamais, contient l’autre — il y a de l’homme dans la femme, de la femme dans l’homme, du Blanc dans le Noir, et du Noir dans le Blanc. Nous sommes une partie de chacun. Beaucoup de mes compatriotes semblent trouver cela très malcommode et même injuste. Mais personne n’y peut rien. »

 

Citations de James Baldwin tirées d'un article de Télérama n°3693, du 21/10/2020.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #ANNIVERSAIRE, #Littérature Américaine, #Racisme

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Publié le 1 Août 2023

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 30 Juillet 2023

 

François Cheng, invité d'honneur au Festival international de géographie en 2004.
François Cheng, 2004.

Bleus de la profondeur, 

Nous n'en finirons pas

         d'interroger votre mystère

 

L'illimité n'étant

Point à notre portée

        il nous reste à creuser, ô bleus

 

Du ciel et de la mer,

Votre mystère qui n'est autre

       que nos propres bleus à l'âme.

 

 

François Cheng : extrait de "La vraie gloire est ici", Éditions Gallimard, 2015

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #poésie

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Publié le 29 Juillet 2023

 

 

 Il avait conduit une bonne partie de la nuit

 Gary Snyder , parlant à l'Université de Columbia , en 2007.
Gary Snyder, en 2007.

Depuis San Joaquin tout en bas

Par Mariposa, gravissant

Les dangereuses routes de montagne,

Pour arriver à huit heures du matin

Avec son gros chargement de foin

            derrière la grange

 

À l'aide d'un treuil, de cordes et de crochets,

On a entreposé proprement les bottes de foin

Jusqu'aux chevrons en cèdre plein d'échardes

Là-haut dans l'obscurité, petits ronds de luzerne

Tourbillonnant dans les trous de lumière entre les bardeaux,

Poussière de foin qui gratte dans la 

             chemise pleine de sueur et dans les chaussures. 

 

Au déjeuner sous le Chêne Noir

Au milieu du corral brûlant,

- La vieille jument renifle les seaux de nourriture,

Crépitement des sauterelles dans les herbes - 

Il dit : "J'ai soixante-huit ans.

La première fois que j'ai rentré le foin, j'avais dix-sept ans.

Je me disais, ce jour là,

Que pour rien au monde je ferais ça toute ma vie.

Et ben, c'est pourtant ce que j'ai fait." 

 

Gary Snider, extrait du livre "Aristocrates sauvages", Jim Harrison, Gary Snider, 2010, Wildproject pour la version française, 2011, 2022.

 

Gary Snider, "Montagnes et rivières sans fin" Éditions du Rocher, 2002.

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