Publié le 24 Juillet 2023

 

Marc Crépon a 25 ans en 1987, il vient de finir l'école normale supérieure et s'apprête à effectuer son service national dans la coopération. Il n'est bien sûr pas encore le philosophe qui va tenter de penser les totalitarismes du XXsiècle et, nourri par la littérature, la violence dans le langage. Il rêve alors du Japon mais il lit les poètes russes et commence par curiosité à apprendre cette langue. Il l'indique avec une certaine légèreté dans son dossier de candidature au ministère et c'est ainsi que sa vie sentimentale, intellectuelle et professionnelle prend un tournant qu'il n'aurait jamais imaginé : il est nommé en 1987 dans un pays satellite de l'URSS, la Moldavie, et plus précisément en tant qu'enseignant de français à l'université de la capitale Kichinev (aujourd'hui Chisinäu). Il est le seul Européen de l'Ouest en poste dans ce pays à un moment crucial de l'Histoire qui bientôt provoquera la chute de l'empire, la perestroïka menée par Mikhaïl Gorbatchev.

 

   Objet de surveillance politique voire policière, Marc Crépon tient durant ces neuf mois moldaves un journal qui rend compte de son initiation à la pensée en lien avec une situation politique concrète, mais aussi à l'amour et aux amitiés lointaines. Ce jeune homme momentanément déraciné raconte ainsi une situation historique qui a des résonances évidentes avec la guerre et la tragédie ukrainiennes actuelles. Marc Crépon y découvre en l'analysant cet homme abstrait inventé par le régime soviétique aux dépens de l'homme singulier, que les auteurs de l'Est ont bien sûr décrit ; la logique du colonialisme soviétique et aujourd'hui russe ; la mise au ban de la langue d'un peuple ; le quotidien intime et matériel de l'oppression ; les choix tragiques imposés à chacun pour espérer survivre ; le nationalisme et la question complexe des appartenances. Il y apprend aussi à se déprendre d'un certain éthos de l'intellectuel français bien

formé : le sentiment de supériorité, le jugement hautain et le mépris du masque démocrate. Il décentre sa pensée, il se contraint à suspendre son jugement afin d'apprendre des autres, ces gens d'un autre monde politique..."

 

Christophe Dabitch : extrait de sa critique du "Journal de Moldavie", de Marc Crépon, dans le n° 243 du magazine LMDA, Mai 2023.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Critique Littéraire, #Dans la Presse

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Publié le 22 Juillet 2023

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Publié le 22 Juillet 2023

6 décembre 1935

 

   Blasphémer, pour ces types à l'ancienne qui ne sont pas tout à fait convaincus que Dieu n'existe pas, mais qui, tout en se fichant de lui, le sentent de temps en temps entre leur chair et leur peau, est une belle activité. Une crise d'asthme et l'homme se met à blasphémer avec rage et ténacité : avec l'intention très nette d'offenser ce Dieu éventuel. Il pense que, après tout, , s'il existe, chaque blasphème est un coup de marteau sur les clous de la croix et un peu de chagrin fait à Dieu. Ensuite, Dieu se vengera - c'est son système - il créera un chaos diabolique, il enverra d'autres malheurs, il vous mettra en enfer, mais même s'il bouleverse le monde, personne ne lui enlèvera le chagrin qu'il a éprouvé, les coups de marteau dont il a souffert. Personne ! C'est une belle consolation. Et, bien sûr, cela démontre qu'après tout, ce Dieu n'a pas songé à tout. Pensez donc, il est le maître absolu, le tyran, le tout ; l'homme est une merde, un rien du tout, et pourtant l'homme a cette possibilité de le faire mettre en colère, de le mécontenter et de lui gâter un instant de sa bienheureuse existence. C'est vraiment là le "meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité*". Comment se fait-il que Baudelaire n'ait jamais écrit un poème là-dessus ? 

 

* "Car c’est enfin, Seigneur, le meilleur témoignage – Que nous puissions donner de notre dignité, – Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge – Et vient mourir au bord de votre éternité!" Baudelaire, Les fleurs du mal", Les Phares, 1857

 

 

Cesare Pavese : "Le métier de vivre" 1958, 2008 pour la traduction française.

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Publié le 20 Juillet 2023

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 20 Juillet 2023

 

"...Et l’on rêve d’une traduction de l’excellent On Writing de George V. Higgins (Bloomsbury, 1991), ce maître du polar qui conseille : « Primo : « Connais-toi toi-même » (Plutarque). Secundo : « Garde ça pour toi » (Higgins) »."

 

Jérôme Delclos, extrait d’une critique de "La littérature est une manière de rendre des coups", de Nicolas Mathieu, dans le magazine LMDA n°243, mai 2023.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Dans la Presse, #philosophie, #Polar, #Pourquoi écrire

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