Publié le 21 Décembre 2022

" Y-a-t-il place pour cohortes d'anges, de santons

Et table à part pour l'étable des pauvres

En ce moment où nous courons avec

Nos escarcelles crevant d'épices et d'espèces

Trébuchant sur nos galops présomptueux

En ces heures de paroxysme accumulatif

dans le pêle-mêle incessant, comme un

   Chevauchement infini de vagues, 

Des objets dérivés orchestrant nos dérives

Et nous sommes hébétés de bonheur

car c'est fête, feu d'artifice,

 

   Pendant que les bannis de la liesse,

   Désemparés, discrètement disparaissent. "

 

Jean-François Blavin, extrait de "Noêl en Provence", dans "Le Livre parlé par 23 poètes", Édition Unicité, 2019.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #Poésie

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Publié le 18 Décembre 2022

Napoléon II, Duc de Reischtadt, Roi de Rome.

 

Napoléon II, roi de Rome, prince de Parme, duc de Reichstadt, Aiglon*...

Venu trop tard dans un monde sur le point de s'abîmer, le roi de Rome vit l'exil...Né français, il est éduqué en prince autrichien, à Vienne. Plus précisément au château de Schönbrunn dont les décors ont gardé la mémoire de son passage. Schönbrunn sera son palais et sa prison...**

 

 

 L'Archiduchesse, Dietrichstein (précepteur du duc ), Le duc

 

 

   L'Archiduchesse, à Dietrichstein

 

    Le duc n'a-t-il donc pas toute sa liberté ?

 

                                 Dietrichstein

 

     Oh !  le prince n'est pas prisonnier, mais...

 

                                      Le duc

 

                                                                    - J'admire

     Ce mais ! Sentez-vous tout ce que ce mais veut dire ?

     Mon Dieu, je ne suis pas prisonnier, mais... Voilà.

     Mais... Pas prisonnier, mais... C'est le terme. C'est la

     Formule. Prisonnier ?... Oh ! pas une seconde ! 

     Mais... il y a toujours autour de moi du monde.

     Prisonnier ! croyez bien que je ne le suis pas !

     Mais... s'il me plaît risquer, au fond du parc, un pas,

     Il fleurit tout de suite un oeil sous chaque feuille.

     Je ne suis certes pas prisonnier, mais... qu'on veuille

     Me parler privément, sur le bois de l'huis

     Pousse ce champignon : l'oreille ! - Je ne suis

     Vraiment pas prisonnier, mais... qu'à cheval je sorte,

     Je sens le doux honneur d'une invisible escorte.

     Je ne suis pas le moins du monde prisonnier !

     Mais... je suis le second à lire mon courrier.

    Pas prisonnier du tout ! mais... chaque nuit on place

    À ma porte un laquais, -

 

                                    Montrant un grand gaillard grisonnant qui est venu reprendre le plateau, et traverse le salon pour l'emporter.

 

                                               tenez, celui qui passe ! 

    Moi, le duc de Reichstadt, un prisonnier ?... jamais !

    Un prisonnier !... Je suis un pas-prisonnier-mais.

 

...

 

 

 Prokesch, (un ami, longtemps interdit de visite*** .),   Le duc 

 

 

 

         Prokesch, qui feuillette des livres sur la table.

 

                                                on vous laisse tout lire ?...

           

                                     Le duc 

 

    Tout ! IL est loin le temps où Fanny, pour m'instruire,

    Apprenait des récits pas cœur ! - Plus tard j'obtins

    Que quelqu'un me passât des livres clandestins. 

 

                         Prokeschsouriant   

 

     La bonne archiduchesse  ?   

 

                                     Le duc   

 

                                        Oui. Chaque jour, un livre.

     Dans ma chambre, le soir, je lisais ; j'étais ivre.

     Et puis, quand j'avais lu, pour cacher le délit,

     Je lançais le volume en haut du ciel-de-lit !

     Les livres s'entassaient dans ce creux d'ombre noire,

     Si bien que je dormais sous un dôme d'Histoire.

     Et, le jour, tout cela restait tranquille, mais

     Tout cela s'éveillait dès que je m'endormais ;

     De ces pages, alors, qui les pressaient entre elles,

     Les batailles sortaient en s'étirant les ailes !

     Des feuilles de laurier pleuvaient sur mes yeux clos ;

     Austerlitz descendait tout le long des rideaux ;

     Iéna se suspendait au gland qui les relève,

     Pour se laisser tomber, tout d'un coup, dans mon rêve !

     - Or, un jour que chez moi, Metternich****, gravement,

     Me racontait mon père, à sa guise !... au moment

     Où, très doux, j'avais l'air tout à fait de le croire,

     Voilà mon baldaquin qui croule sous la gloire !

     Cent livres, dans ma chambre, agitent un seul nom

     En battant des feuillets !

 

                                     Prokesch

 

                                              Metternich bondit ?

 

                                          Le duc

 

                                                                                 Non.

     Calme, il me dit, avec son sourire d'évêque :

     " Pourquoi placer si haut votre bibliotjèque ? "

     Et Sortit... Depuis lors je lis ce que je veux...

 

 

Edmond Rostand, extraits de "L'Aiglon", Drame en six actes, en vers, représenté pour la première fois au théâtre Sarah Bernard le 15 mars 1900.

 

      

   

     

 

* Jean Tulard, "Avant-propos", Napoléon II, Fayard, 1992

** Sylvain Ledda, présentation de la pièce L'Aiglon, Flammarion 2018

***ndlr

****Metternich

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Française, #theatre, #Histoire

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Publié le 16 Décembre 2022

 

C.Bukowski, 1988

" Que dire de la politique et des grandes affaires internationales ? La crise de Berlin, la crise de Cuba, les avions-espions, les navires-espions, le Vietnam, la Corée, les bombes H perdues, les émeutes dans les villes américaines, la famine en Inde, les purges en Chine rouge ? Y a-t-il des bons et des mauvais ? Des qui mentent et des qui ne mentent pas ? Des bons et des mauvais

gouvernements ? Non, il n'y a rien que des mauvais et des très mauvais gouvernements. Et le grand éclair bleu de chaleur qui nous déchirera une nuit où nous serons en train de baiser, de chier, de lire des bédés ou de coller des images dans un album de chocolat ? La mort subite ne date pas d'hier, la mort subite de masse non plus. Nous avons juste affiné le procédé. Des siècles de savoir, de culture et d'expériences, des librairies bien grasses et croulant sous les bouquins ; des tableaux qui se vendent des millions ; la médecine qui transplante le cœur ; impossible de reconnaître un fou d'un homme normal dans les rues, et voilà nos vies entre les pattes d'une bande de crétins. Les bombes ne tomberont peut-être pas, les bombes tomberont peut-être...

 

Charles Bukowski, extraits de "La politique est l'art d'enculer les mouches"dans le recueil de nouvelles "Contes de la folie ordinaire" , Éditions Grasset Le Sagittaire, 1977.

 

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Américaine, #Politique

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Publié le 14 Décembre 2022

 

" ... ce qui se passe de nos jours en matière d'intellect et d'intellectuels est tout simplement un scandale - et une mystification, une des plus grandioses de l'histoire. L'intellectuel a longtemps servi à "démystifier", jusqu'au moment où il est devenu lui-même l'instrument d'un monstrueux mensonge. Le savoir et la vérité ont depuis longtemps déjà cessé d'être le souci principal de l'intellectuel - remplacés tout simplement par celui de ne pas laisser voir qu'on ne sait pas. L'intellectuel, qui étouffe sous le poids des connaissances qu'il n'a pas assimilées, biaise comme il peut pour ne pas se laisser attraper. Quelles précautions prend-il ? Formuler les choses astucieusement pour ne pas se laisser coincer sur des mots. Ne pas pointer son nez au-delà de ce qu'il maîtrise plus ou moins. Employer des notions sans développer, comme si elles étaient connues de tous mais en fait pour ne pas trahir sa propre ignorance. Laisser entendre qu'il sait. On a vu naître un art particulier : celui de s'escrimer habilement avec des idées qu'on ne possède pas, en faisant mine d'avoir des bases solides. Une façon particulière de citer et de faire usage des noms. Parmi les milliers d'exemples qui me viennent à l'esprit, je n'en prendrai qu'un : un des plus violents débats intellectuels de l'après-guerre fut la polémique provoquée par l'exigence de Sartre que l'intellectuel " s'engage", qu'il "choisisse". Aucun écrivain ne pouvait dans la pratique éviter de se déclarer pour ou contre. Mais pour comprendre les postulats énoncés par Sartre dans ses Situations, il fallait d'abord saisir sa conception de la "liberté", ce qui supposait que l'on ait étudié les sept cent pages de L'être et le néant (un vrai pensum), et "L'être et le néant", développant une ontologie phénoménologique, supposait la connaissance de Husserl, sans parler de Hegel ni de Kant... Combien, je me le demande, parmi ceux qui ont discuté les thèses de Sartre, auraient eu le courage de se présenter devant un jury d'examen ?...

 

Witold Gombrowicz, extrait de " Journal, Tome II, 1959-1969. Éditions Gallimard Folio, 1995.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Polonaise, #philosophie

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Publié le 8 Décembre 2022

Georges Perec

 

L'on dîna donc. Collation où tout fut frugal, car, quoi-qu'ayant faim, chacun avait un trop grand chagrin pour, sans attrition, s'offrir l'ingurgitation d'un gloutonnant gala. On grignotait, on pignochait sans plaisir. La Squaw disait pourtant :

    - Nonobstant la mort d'Olga, goûtons sans timoration au gorgonzola sans rival qu'Augustus adorait tant, qu'il m'a fallu parfois sortir la nuit jusqu'au marchand du coin pour rassortir la provision qui tirait à sa fin.

   Mais on n'y touchait pas, au gorgonzola, pas plus qu'au gigot froid ou qu'aux chaussons farcis à la Chantilly.

   Arthur Wilburg Savorgnan souffrait d'un fort migrain. On lui fit un bol d'infusion, puis on lui donna un Salgidal, quoiqu'il ait voulu un Optalidon. Il s'alita un instant, s'isolant dans un boudoir, disant qu'il allait dormir un brin...

   Amaury sortit. La nuit scintillait. Il faisait bon, pas trop chaud, pas trop froid. Il alluma un Trabuco au goût parfait qu'il avait pris dans un tiroir du fumoir d'Augustus. Il fit un tour du grand parc, humant la nuit dont l'air si pur donnait à son habana un subtil parfum d'opopanax.

   Qui aurait cru, disait-il dans son for, qu'il pouvait y avoir sous un climat si souriant, dans un jardin où tout concourt à la paix, tant d'assassinats ? Qui aurait cru voir surgir la Mort dans un Paradis où tout paraît si doux ?...

 

Georges Perec, extrait de "La Disparition", Éditions Denoël, 1969

  

 

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française

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