Publié le 6 Décembre 2022

 

L'écrivain français Alexis Jenni au Salon du Livre de Paris, en mars 2019.
Alexis Jenni, 2019.

" Lorsque nous sortîmes, il neigeait. Les mains dans les poches de nos manteaux nous prîmes par les rues vides de Voracieux, rues vides de tout, vides de gens, vides de façades, vides de beauté et de vie, rues minables qui sont juste le vaste espace qui reste entre les tours, rues dégradées par l'usage et l'absence d'entretien. Les rues de Voracieux sont désordonnées comme une ville de l'Est : tout est au hasard, rien ne va avec rien. Même l'homme, dans ces rues, n'est pas à sa place. Même le végétal, qui d'habitude va spontanément vers l'équilibre : les mauvaises herbes étaient là où le sol devait être glabre, et des sentiers de terre nue traversaient les pelouses. La neige qui tombait cette nuit-là redonnait forme. Elle recouvrait tout, et rapprochait tout. Une voiture garée devenait pure masse, de même nature qu'un buisson, qu'un hangar bas où logeait une supérette, qu'un abribus où personne n'attendait, qu'un rebord de trottoir jusqu'au bout de l'avenue. Tout n'était plus que formes recouvertes d'une blancheur de papier, qui assouplissait les angles, unifiait les textures, effaçait les transitions ; les choses apparaissaient dans leur seule présence, bosses harmonieuses sous le même grand drap  elles étaient sœurs par-dessous la neige. Étrangement, cacher réunissait. Pour la première fois nous marchâmes dans Voracieux unifié, dans Voracieux silencieux étouffé de blanc, toutes choses rendues à une vie égale par le calme de la neige. Nous allions en silence, les flocons se pressaient sur nos manteaux, ils restaient un instant en équilibre sur la laine, puis s'effondraient sur eux-même et disparaissaient...

 

   Nous marchâmes dans les allées, le léger poudrage s'enfonçait sous nos pieds, nos pas s'accompagnaient du bruit délicieux qui tient à la fois du crissement du sable et du tassement des plumes dans un gros édredon. " Tout est parfait, et simple. regarde les toits comme ils s'achèvent d'une belle courbe, regarde les parterres comme ils se fondent aux allées, regarde le fil à linge comme il est bien souligné : maintenant on le voit."

   Sur le fil entre deux piquets s'était déposée la neige, en bande étroite et haute d'un seul tenant, bien équilibrée. Cela suivait la courbe d'un seul geste. " La neige trace sans le vouloir un de ces traits comme j'aimerais en tracer. Elle sait, sans rien savoir, suivre le fil à la perfection, elle souligne sans le trahir l'élan de sa courbe, elle montre ce fil mieux qu'il ne peut se montrer lui-même. Si j'avais voulu poser de la neige sur un fil, j'aurais été incapable de faire aussi beau. Je suis incapable de faire en le voulant ce que la neige réalise par son indifférence. La neige dessine en l'air des fils à linge parce qu'elle se fout du fil. Elle tombe, en suivant les lois très simples de la gravité, celles du vent et de la température, un peu celles de l'hygrométrie, et elle trace des courbes que je ne peux atteindre avec tout mon savoir de peintre. Je suis jaloux de la neige ; j'aimerais peindre ainsi."...

 

Alexis Jenni, extrait de " L'art français de la guerre", Éditions Gallimard 2011, Prix Goncourt 2011.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 1 Décembre 2022

Baie de Maizuru, avril 2005

 

" Il n'y avait pas grand monde dans mon compartiment de troisième. Les quelques spécimens assis là de cette humanité si difficile à aimer tiraient fébrilement des bouffées de leurs cigarettes ou pelaient des mandarines. Un vieil employé de quelque organisme officiel devisait à voix haute avec son voisin de banquette. Tous deux portaient de vieux complets tout déformés ; un lambeau de doublure à raies sortait d'une manche. J'admirai une fois de plus à quel point l'accumulation des années est impuissante contre la médiocrité...

 

   La porte du wagon s'ouvrit brusquement et un vendeur à la voix rauque apparut, une corbeille pendue au cou. Cela me rappela que j'avais le ventre vide. J'achetai un repas en boîte : des pâtes verdies par les algues qui, visiblement, tenaient lieu de riz. Le brouillard s'était levé, mais il n'y avait point de clarté au ciel. Au bas des pentes arides du mont Tamba, on commença d'entrevoir, au milieu des mûriers, quelques unes de ces maisons où l'on fabrique du papier.

   ... Baie de Maizuru ! Tout comme autrefois ce nom seul me fit battre le cœur. Je ne saurais dire pourquoi. Mais depuis mes années d'enfance au village de Shiraku, c'était comme un terme global pour désigner la mer invisible - et qui avait fini par désigner l'imminence de la mer...

 

   La voix du contrôleur qui passait, annonçant la station suivante : Maizuru-Ouest, coupa court à ma rêverie. Des marins qui, jadis, avec une belle précipitation, chargeaient leur sac d'un coup d'épaule, il n'y avait plus un seul aujourd'hui. À part moi, ne se disposaient à descendre que plusieurs personnages aux allures de trafiquants du marché noir.

   ... Quel changement ! On se serait cru dans un port étranger : à tous les coins de rue, des pancartes en anglais avaient poussé, quasi menaçantes ; des soldats américains allaient et venaient sans arrêt. Sous le ciel bas de l'hiver commençant, une brise froide, chargée de sel, balayait la grande avenue tracée pour les besoins de l'armée. Elle portait moins les senteurs du large que l'odeur inorganique du fer rouillé. L'étroit bras de mer qui, tel un canal, pénétrait jusqu'au cœur de la cité, la surface morte de ses eaux, la vedette américaine amarrée au quai... tout cela assurément respirait la paix ; et pourtant, les excès d'une pointilleuse politique d'hygiène avaient dépouillé le port, autrefois si grouillant, de sa vitalité physique, en sorte que la ville entière avait un air d'hôpital...

 

   À la sortie de la ville, la route partait vers l'ouest, longeait le fond de la baie, coupait à angle droit la ligne de Miyazu, franchissait bientôt le col de Takijiri et débouchait sur la rivière Yura. Passé le pont d'Okawa, elle remontait vers le nord le long de la rive ouest de la rivière, dont elle épousait le cours jusqu'à l'embouchure...

   Une tradition d'ailleurs suspecte , veut que la résidence de Sansho Dayu, châtelain redouté de jadis, se trouve dans ces parages. Mais n'ayant pas la moindre envie de m'y arrêter, je passai devant sans même m'en apercevoir : je n'avais d'yeux que pour la rivière.

   Il y avait, en son milieu, un grand îlot avec un bois de bambous. Bien que, sur la route où j'étais, aucun souffle ne fût perceptible, les bambous de l'île se prosternaient sous le vent. L'île comprenait aussi un ou deux hectares de rizières que l'on irriguait à l'eau de pluie. Mais pas l'ombre d'un paysan, seulement le dos d'un pêcheur à la ligne. Cela faisait un bon moment que je n'avais vu personne et je me sentis de l'amitié pour lui.

   " Pêche-t-il le mulet ? Car si par hasard c'est le mulet qu'il pêche, on n'est pas loin de la mer..."

   À cet instant, les bambous tout ployés bruirent plus fort, jusqu'à couvrir le clapotis de l'eau. Un brouillard parut monter sur l'île : la pluie, qui détrempa les herbes sèches. Le temps de la remarquer, l'ondée était déjà sur moi. Mais sur l'île que, trempé jusqu'aux os, je continuais à observer, l'averse avait cessé. Le pêcheur était tel que tout à l'heure : il n'avait pas bougé d'un centimètre.

   Le grain passa...

 

   Je perçus un ronronnement  sourd et tremblé. Des voix humaines aussi. Ce fut quand, inconsciemment, je tournai le dos au vent féroce pour contempler le pic Yura-ga-take.

   Je cherchai d'où venaient les voix. Un sentier descendait vers la plage, longeant la falaise basse. Je savais que, contre l'érosion prodigieusement rapide , une digue, encore discontinue, était en cours de construction. Blancs comme des os de squelette, des pilotis de béton gisaient çà et là ; la couleur du ciment frais sur le sable avait quelque chose d'étrangement alerte. Le ronronnement venait de la bétonnière déversant le ciment dans les coffrages. Quelques ouvriers au nez rougi par le froid regardèrent avec suspicion mon uniforme d'étudiant. Je leur jetai un coup d’œil rapide. Là s'arrêtèrent les politesses des frères humains que nous étions...

 

 Yukio Mishima, extrait de "Le Pavillon d'Or", 1956. Éditions Gallimard, 1961, pour la traduction française.

 

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 30 Novembre 2022

 

 

     ANNIVERSAIRE : MARK TWAIN, né le 30 novembre 1936.

 

" L' Homme est le seul animal à faire main basse sur le territoire de ses semblables moins puissants que lui : il envahit leur pays puis les expulse ou les anéantit. Il agit ainsi depuis toujours. Pas un pouce de terrain sur toute la surface du globe qui soit en possession de son propriétaire légitime ou qui n'ait pas été extorqué à ses propriétaires successifs, sans trêve ni repos, par la force et dans le sang.

Seul l'Homme est Esclave. Il est le seul animal qui réduise autrui en esclavage. Il a toujours été esclave et a toujours asservi certains de ses semblables sous une forme ou une autre. De nos jours, il est toujours l' esclave d'un autre, exécute le travail d'un autre : son salaire est à ce prix ; et cet esclave a d'autres esclaves sous sa coupe, qui, à leur tour, font son travail, travaillent pour lui, pour un petit salaire. Les espèces animales supérieures sont les seules qui s'astreignent à travailler pour subvenir à leurs propres besoins.

 

Seul l'Homme est Patriote. Il s'installe à l'écart, dans son propre pays, sous son propre drapeau, raille les autres nations et entretient à grands frais une multitude d'assassins en uniformes , prêts, sur son ordre, à mettre la main sur une portion du territoire des autres et à les empêcher de mettre la main sur une portion du sien. Dans les périodes de répit, entre deux campagnes, il se lave les mains du sang qui les souille en vue d’œuvrer à ce qu'il appelle " la fraternité universelle entre les Hommes ".

L'Homme est l'Animal religieux. Le seul. Le seul animal qui possède la Vraie Religion - c'est-à-dire plusieurs. Il est le seul animal qui aime son prochain comme lui-même et qui lui tranche la gorge si sa croyance diffère de la sienne. Par amour pour ses frères, s'évertuant à leur faciliter l'accès au Ciel, il a transformé le monde en un cimetière. Il était à l’œuvre au temps des César, mais aussi au temps de Mahomet, tout comme au temps d e l'Inquisition. Il a été à l’œuvre en France plusieurs siècles durant mais aussi en Angleterre, au temps de la reine Mary. Il est à l’œuvre depuis qu'il a vu le jour, il est à l’œuvre aujourd'hui en Crète, comme l'indiquent les télégrammes de presse les plus récents, et il sera demain à l’œuvre autre part. Les espèces animales supérieures n'ont pas de religion. On dit qu'elles sont exclues de l'Au-Delà, je me demande bien pourquoi. Cela paraît d'un goût douteux.

 

L'Homme est l'animai doué de Raison. On a cependant bien des motifs d'en douter. En effet, les expériences que j'ai conduites m'ont prouvé qu’il est un Animal dépourvu de Raison. Veuillez considérer son histoire telle qu'on l'a esquissée. Il apparaît clair, en tout état de cause, que la Raison n'est pas son fort. Son hallucinant passé est celui d'un fou furieux. Je considère que l'argument le plus probant lui déniant toute intelligence est le fait qu'avec ce lourd passé à son actif, il prétende benoîtement se situer en tête de l’espèce animale, alors que selon ses propres critères, il fait figure de bon dernier...

On doit admettre qu'en matière de noblesse de caractère, l'Homme ne peut approcher la plus minable des espèces Animales Supérieures. Il est clair qu'il est par nature incapable d'atteindre à ces sommets, qu'il est par nature affligé d'un défaut tel qu'il rend ce but à tout jamais hors de sa portée. Il est manifeste que chez lui ce Défaut est permanent, indestructible, indéracinable.

 

Ce défaut est LE SENS MORAL. L'homme est le seul animal à en être pourvu. Le secret de sa dégénérescence, c'est la faculté qui lui permet de mal faire. C'est là son rôle, elle ne peut remplir une autre fonction. Elle n'en connaît pas d'autre. Sans elle, l'Homme ne pourrait pas accomplir le Mal. Il s’élèverait aussitôt au niveau des Espèces Animales Supérieures.

Puisque le Sens Moral n'a qu'une fonction unique dont la capacité est de permettre à l'Homme de mal faire, de toute évidence il ne présente pour lui aucun intérêt, pas plus que la maladie. La rage est un mal moins grave. En fait, le Sens moral est manifestement une maladie. La rage permet à l'Homme de faire une chose qui lui serait impossible s'il était en bonne santé : tuer son voisin d'une morsure mortelle. Le malade ne s'en trouve pas mieux. Le Sens Moral permet à l'Homme de mal faire de mille façons différentes. La rage est une maladie innocente, comparée au Sens Moral. L'homme, doté du Sens Moral, n'est pas meilleur pour autant. Et maintenant, de l'avis général, quelle a été la Malédiction Première? De toute évidence, dès l’origine, infliger à l'Homme le Sens Moral, la faculté de distinguer le bien du mal, et par voie de conséquence, de commettre le mal ; car il ne peut y avoir d'action mauvaise sans la conscience de faire le mal."

 

Mark Twain : " La place de l'homme dans le monde animal " écrit en 1896. Publication posthume dans Letters from the Earth 1962, sous le titre " The Lowest Animal " . Fait partie du recueil " Contes et mécontes " Editions Allia 2010

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 27 Novembre 2022

 

 António Lobo Antunes, alors invité de l'émission radiophonique Cosmopolitaine , animé en direct du Salon du livre de Paris . 28 mars 2010.
António Lobo Antunes, 2010

Le flacon de vernis à ongles sur le micro-ondes, où elle a l'habitude de laisser le bloc-notes et ses instructions pour la femme de ménage. Je remarque toujours deux genres d'écriture sur la même page, son mot à elle en haut, et la réponse de la femme de ménage en bas. À côté la monnaie des courses. Et cette chanson américaine qui me hante.

   N'importe quelle lumière vaut mieux que la nuit noire.

 

   Aujourd'hui mon fils s'est réveillé au milieu de la nuit en pleurant. Il n'a que trois ans. J'ai pensé qu'il avait de la fièvre, ou mal aux dents ou quelque chose comme ça, alors je l'ai pris dans mes bras et l'ai transporté dans la cuisine pour regarder la rue. J'aime la cuisine la nuit, avec son plan de travail en granit et ses appareils électriques grands et carrés, qui semblent plus redoutables encore dans le noir. J'aime leur aspect efficace et le mystère de leurs intestins pleins de vis et de ventilation. Des machines blanches, des lunettes rondes derrière lesquelles tournent le linge et la mousse mélangés. J'ai songé à brancher un des appareil pour amuser mon fils. Pour m'amuser moi. Parfois je m'assois sur une chaise et je reste à les regarder. Ils craquent, changent de vitesse et de bruit. Comme des organismes vivants. Mon fils sent la sueur et les larmes. La rue paisible. Des voitures alignées contre le trottoir. J'aperçois la mienne entre une fourgonnette grise recouverte de poussière et une voiture recouverte d'un drap. J'en connais le propriétaire. Le dimanche, en short, il enlève le drap et passe des heures à nettoyer sa voiture avec une éponge. Jamais il ne sourit. Nettoyer sa voiture semble pour lui l'acte le plus important en ce monde. Quand il a terminé, il rentre chez lui et ressort une demi-heure après suivi de sa famille. Ils se promènent jusqu'au dîner, fiers de leur merveille rutilante. Comme dit la chanson n'importe quelle lumière vaut mieux que la nuit noire. Une voix américaine, rugueuse. N'importe  quelle lumière vaut mieux que la nuit noire.

 

   Mon fils s'est tu fatigué de pleurer. Je le recouche. Sans bouger, les yeux fermés, il dort d'un air nonchalant. Je retourne dans la cuisine. Ma femme a laissé un flacon de vernis à ongles sur le plan de travail.  Elle dort également mais sur le ventre, agrippée à l'oreiller. Il lui arrive de murmurer dans son sommeil des phrases que je ne saisis pas. Le flacon de vernis à ongles sur le micro-ondes, où elle a l'habitude de laisser le bloc-notes et ses instructions pour la femme de ménage. Je remarque toujours deux genres d'écriture sur la même page, son mot à elle en haut, et la réponse de la femme de ménage en bas. À côté la monnaie des courses. Et cette chanson américaine qui me hante.

   N'importe quelle lumière vaut mieux que la nuit noire.

 

Pour quelle raison est-ce que je reste ici ? Il y a mon fils, il y a ma femme. Est-ce seulement pour cela ? Des questions sans fin et sans réponse. Ma tête est pleine de questions. Pas de doutes. Pas d'inquiétudes. Des questions. Ma mère disait toujours Quand tu seras plus vieux tu comprendras. Je n'ai pas dû prendre une ride puisque je ne comprends toujours rien... 

 

António Lobo Antunes, extrait de  " N'importe quelle lumière vaut mieux que la nuit noire", dans le recueil de nouvelles "Dormir accompagné", 1998, Christian Bourgois Éditeur, 2001, pour la traduction française.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Portugaise, #extrait de nouvelles

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Publié le 26 Novembre 2022

Nous ne sommes que rarement à la hauteur de cette vie. Elle ne s'en soucie pas. Elle ne cesse pas une seconde de combler de bienfaits les assassins que nous sommes."

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #ANNIVERSAIRE, #AU REVOIR

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