Publié le 3 Novembre 2021

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #ANNIVERSAIRE

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Publié le 24 Octobre 2021

 

"À la Convention l’intempérance de langage était de droit. Les menaces volaient et se croisaient dans la discussion comme les flammèches dans l’incendie.

 – PÉTION : Robespierre, venez au fait.

 – ROBESPIERRE : Le fait, c’est vous, Pétion, j’y viendrai, et vous le verrez.

 – UNE VOIX : Mort à Marat !

 – MARAT : Le jour où Marat mourra, il n’y aura plus de Paris, et le jour où Paris périra, il n’y aura plus de République…

 

Un jour, … Robespierre prend la parole et  parle deux heures, regardant Danton, tantôt fixement, ce qui était grave, tantôt obliquement, ce qui était pire. Il foudroie à bout portant. Il termine par une explosion indignée, pleine de mots funèbres :

 – On connaît les intrigants, on connaît les corrupteurs et les corrompus, on connaît les traîtres ; ils sont dans cette assemblée. Ils nous entendent; nous les voyons et nous ne les quittons pas des yeux. Qu’ils regardent au-dessus de leur tête, et ils y verront le glaive de la loi ; qu’ils regardent dans leur conscience, et ils y verront leur infamie. Qu’ils prennent garde à eux. – Et quand Robespierre a fini, Danton, la face au plafond, les yeux à demi fermés, un bras pendant par-dessus le dossier de son banc, se renverse en arrière, et on l’entend fredonner :

                           Cadet Roussel fait des discours

                          Qui ne sont pas longs quand ils sont courts…"

 

Victor Hugo, extrait de " Quatre-vingt-treize ", 1874.

 

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #Les Classiques

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Publié le 21 Octobre 2021

 

La masse humaine dort. L'unique bruit nouveau est ce mâchonnement dans l'obscurité : le vieil homme étendu sur un journal s'est redressé sur un coude, a ouvert une boîte de conserve, et il mange avec une série de lapements comme font ceux qui n'ont plus beaucoup de dents. Le fracas métallique du couvercle refermé me fait grimacer par sa laideur rêche. L'homme se couche, cherche une position confortable dans le froissement des pages du journal et bientôt commence à ronfler.   

   Le jugement que j'essayais de retenir m'envahit, à la fois compassion et colère. Je pense à ce magma humain, qui respire comme un seul être, à sa résignation, à son oubli inné du confort, à son endurance face à l'absurde. Six heures de retard. Je me tourne, j'observe la salle plongée dans l'obscurité. mais ils pourraient très bien y passer encore plusieurs nuits. Ils pourraient s"'habituer à y vivre ! Comme ça, sur un journal déplié, le dos contre le radiateur, avec une boîte de conserve pour toute nourriture. La supposition me paraît tout à coup vraisemblable. D'ailleurs, la vie dans ces bourgades à mille lieues de la civilisation est faite d'attentes, de résignation, de chaleur humide au fond des chaussures. Et cette gare assiégée par la tempête n'est rien d'autre que le résumé de l'histoire du pays. De sa nature profonde. Ces espaces qui rendent absurde toute tentative d'agir. La surabondance d'espace qui engloutit le temps, qui égalise tout les délais, toutes les durées, tous les projets. demain signifie "un jour peut-être", le jour où l'espace, les neiges, le destin le permettront. Le fatalisme...

   D'ailleurs comment juger ce vieillard sur son journal déplié, cet être touchant dans sa résignation, insupportable pour la même raison, cet homme qui a certainement traversé les deux grandes guerres de l'empire, survécu aux répressions, aux famines, et qui ne pense même pas avoir mérité mieux que cette couche sur le sol couvert de crachats et de mégots ? et cette jeune mère qui vient de s'endormir et, de madone, est devenue une idole de bois aux yeux bridés, aux traits de bouddha ? Si je les réveillais et les interrogeais sur leur vie, ils déclareraient sans broncher que le pays où ils vivent est un paradis, à quelques retards de train près. Et si soudain le haut-parleur annonçait d'une voix d'acier le début d'une guerre, toute cette masse s'ébranlerait , prête à vivre cette guerre comme allant de soi, prête à souffrir, à se sacrifier, avec une acceptation toute naturelle de la faim, de la mort ou de la vie dans la boue de cette gare, dans le froid des plaines qui s'étendent derrière les rails.

   Je me dis qu'une telle mentalité a un nom. Un terme que j'ai entendu récemment dans la bouche d'un ami, auditeur clandestin des radios occidentales. une appellation que j'ai sur le bout de la langue et que seule la fatigue m'empêche de reproduire. Je me secoue et le mot, lumineux et définitif, éclate : "Homo sovieticus !

   Sa puissance jugule l'amas opaque des vies autour de moi. "Homo savieticus" recouvre entièrement cette stagnation humaine, jusqu'à son moindre soupir, jusqu'au grincement d'une bouteille sur le bord d'un verre, jusqu'aux pages de la Pravda sous le corps maigre de ce vieillard dans

on manteau usé, ces pages remplies de compte-rendus de performances et de bonheur.

    Avec une délectation puérile, je passe un moment à jouer : le mot, véritable mot-clef, oui une clef ! glisse dans toutes les serrures de la vie du pays, parvient à percer le secret de tous les destins. Et même le secret de l'amour, tel qu'il est vécu dans ce pays, avec son puritanisme officiel et, contrebande presque tolérée, cette prostituée qui exerce son métier à quelques mètres des grands panneaux à l'effigie de Lénine et aux mots d'ordre édifiants...

    Avant de m'endormir, j'ai le temps de constater que la maîtrise de ce mot magique me sépare de la foule. Je suis comme eux, certes, mais je peux nommer notre condition humaine et, par conséquent, y échapper. Le faible roseau, mais qui se sait tel, donc... " La vieille et hypocrite astuce de l'intelligentsia...", souffle en moi une voix plus lucide, mais le confort mental que m'offre l'"Homo sovieticus" fait vite taire cette contestation..."

 

Andreï Makine : extraits de "la musique d'une vie" Éditions du Seuil, 2001.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #Littérature Russe

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Publié le 5 Octobre 2021

 

Je regarde la tour Zamansky, fierté des années 70. Je détestais cette tour avant, jusqu'à ce que, constituant le nouveau secteur des travaux de désamiantage de Jussieu, elle soit vidée et provoque en moi un sursaut de nostalgie et de tendresse. Depuis deux ans, les travaux ont pris une telle ampleur que j'assiste avec incrédulité à la fermeture progressive de chaque bâtiment du campus. L'année prochaine, le département de lettres où j'étudie depuis six ans sera fermé, pour être désamianté à son tour. Et les choses ne seront jamais plus comme avant : après les travaux, ni le département de lettres, ni aucun département de sciences humaines ne reviendront plus sur le campus de Jussieu. Paris-VII sera déménagé dans l'ancienne Halle aux farines du nouveau quartier "Paris Rive gauche" et Jussieu se détournera alors à jamais de ce qu'elle a toujours été : une université alliant sciences et sciences humaines en plein centre de Paris, d'inspiration gauchiste...

   Dans la rue, le vent frais me fouette le visage. Ce soir, je n'ai pas envie de voir un film. Pas non plus envie de lire. Je suis pourtant la première à courir au cinéma, à une exposition, au théâtre, à un concert. La première à chercher dans l'art, un ravissement esthétique, intellectuel. La première à croire qu'il s'agit du meilleur moyen pour remuer les consciences. mais parfois comme ce soir, peinture, cinéma, musique, littérature, oui même la littérature, me semblent une supercherie, un barbiturique aussi efficace que la pornographie, les médicaments, les jeux ou la télévision. Oui, parfois comme ce soir, je sens combien l'art me tempère, combien tout ce qui travaille contre la société travaille en même temps pour celle-ci. Il n'y a pas d'issue. même l'art n'est pas une issue. L'art n'est que du vent. Du vent qui souffle sur nos visages pour nous faire croire qu'il y a de l'air, lorsque nous avons tellement du mal à respirer..."

 

Natacha Boussaa, extrait de "Il vous faudra nous tuer" Éditions Denoël, 2010.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extrait de livre + vidéo, #Littérature Française

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Publié le 30 Septembre 2021

 

Danton, Marat et Robespierre réunis au cabaret de la rue du Paon. Dessin de Diogène Maillart, musée Carnavalet, 1876.

 

" Danton venait de se lever ; il avait vivement reculé sa chaise.

– Écoutez, cria-t-il. Il n’y a qu’une urgence, la République en danger. Je ne connais qu’une chose, délivrer la France de l’ennemi. Pour cela tous les moyens sont bons. Tous ! tous ! tous ! quand j’ai affaire à tous les périls, j’ai recours à toutes les ressources, et quand je crains tout, je brave tout. Ma pensée est une lionne. Pas de demi-mesures. Pas de pruderie en révolution. Némésis n’est pas une bégueule. Soyons épouvantables et utiles. Est-ce que l’éléphant regarde où il met sa patte ? Écrasons l’ennemi.

Robespierre répondit avec douceur :

– Je veux bien

Et il ajouta :

– La question est de savoir où est l’ennemi.

– Il est dehors, et je l’ai chassé, dit Danton.

– Il est dedans, et je le surveille, dit Robespierre.

– Et je le chasserai encore, reprit Danton.

– On ne chasse pas l’ennemi du dedans.

– Qu’est-ce donc qu’on fait ?

– On l’extermine.

– J’y consens, dit à son tour Danton.

 Et il reprit :

– Je vous dis qu’il est dehors, Robespierre.

– Danton, je vous dis qu’il est dedans.

– Robespierre, il est à la frontière.

– Danton, il est en Vendée.

– Calmez-vous, dit une troisième voix, il est partout ; et vous êtes perdus.

 C’était Marat qui parlait.

Robespierre regarda Marat et repartit tranquillement :

– Trêve aux généralités. Je précise. Voici des faits.

– Pédant ! grommela Marat.

 Robespierre posa la main sur les papiers étalés devant lui et continua :

 – Je viens de vous lire les dépêches de Prieur de la Marne. Je viens de vous communiquer les renseignements donnés par ce Gélambre. Danton, écoutez, la guerre étrangère n’est rien, la guerre civile est tout. La guerre étrangère, c’est une écorchure qu’on a au coude ; la guerre civile, c’est l’ulcère qui vous mange le foie. De tout ce que je viens de vous lire, il résulte ceci : la Vendée, jusqu’à ce jour éparse entre plusieurs chefs, est au moment de se concentrer. Elle va désormais avoir un capitaine unique... – Je continue de résumer les dépêches. La guerre de forêt s’organise sur une vaste échelle. En même temps une descente anglaise se prépare ; Vendéens et Anglais, c’est Bretagne avec Bretagne. Les hurons du Finistère parlent la même langue que les topinambours du Cornouailles... Quand l’insurrection paysanne sera complète, la descente anglaise se fera... Dans quinze jours on aura une armée de brigands de trois cent mille hommes, et toute la Bretagne sera au roi de France.

– C’est-à-dire au roi d’Angleterre, dit Danton.

– Non, au roi de France.

Et Robespierre ajouta :

– Le roi de France est pire. Il faut quinze jours pour chasser l’étranger, et dix-huit cents ans pour éliminer la monarchie... 

Mais Danton était tout à sa pensée.

– Voilà qui est fort ! s’écria-t-il, voir la catastrophe à l’ouest quand elle est à l’est. Robespierre, je vous accorde que l’Angleterre se dresse sur l’Océan ; mais l’Espagne se dresse aux Pyrénées, mais l’Italie se dresse aux Alpes, mais l’Allemagne se dresse sur le Rhin. Et le grand ours russe est au fond. Robespierre, le danger est un cercle et nous sommes dedans...

– Vous avez chacun votre dada, dit Marat ; vous, Danton, la Prusse ; vous, Robespierre, la Vendée. Je vais préciser, moi aussi. Vous ne voyez pas le vrai péril ; le voici : les cafés et les tripots. Le café de Choiseul est jacobin, le café Patin est royaliste, le café du Rendez-Vous attaque la garde nationale, le café de la Porte-Saint-Martin la défend, le café de la Régence est contre Brissot, le café Corazza est pour, le café Procope jure par Diderot, le café du Théâtre-Français jure par Voltaire, à la Rotonde on déchire les assignats, les cafés Saint-Marceau sont en fureur, le café Manouri agite la question des farines, au 250 café de Foy tapages et gourmades, au Perron bourdonnement des frelons de finance. Voilà ce qui est sérieux...

 Marat souriait toujours. Sourire de nain, pire qu’un rire de colosse.

– Vous moquez-vous, Marat ? gronda Danton..."

 

Victor Hugo, extrait de : "Quatre-vingt-treize", 1874.

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #Les Classiques

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