"Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
Disparue en 1986 à 98 ans, Georgia O'Keeffe aura traversé l'essentiel des aventures esthétiques du XXe siècle. Figure singulière de l'art moderne, première grande artiste américaine, Georgia...
" Quand Tessa apprit à Edward que Violet était dans un hôpital psychiatrique, il en fut désolé mais pas vraiment surpris. la moitié des patients qu'il voyait aujourd'hui souffraient apparemment de maladies mentales ou psychosomatiques et une grande proportion de ses ordonnances prescrivaient des tranquillisants. Michael et Miriam, qui avaient lu R.D. Laing* et Ivan Illich*, se moquaient de lui à ce sujet.
- Je ne peux pas prescrire le bonheur, pourtant c'est ce que réclament généralement mes patients, dit-il, donc j'ordonne du Valium à la place.
- Comment penses-tu que la race humaine se débrouillait avant que le Valium ne fût inventé ? interrogea Miriam.
- Voilà une bonne question, reconnut-il. Bien entendu il y avait l'alcool, le Laudanum, etc. Mais je me demande parfois s'il n'y a pas eu récemment un bond énorme dans l'attente de bonheur de l'être humain moyen. Autrefois, notre homme moyen se contentait d'avoir le ventre plein une fois par jour et de ne pas tomber malade. Aujourd'hui, chacun s'attend à être heureux et en bonne santé. On veut réussir, être admiré et aimé à chaque instant. naturellement les gens sont déçus et ils deviennent cinglés..."
David Lodge, extrait de "Jeux de maux" 1980, Éditions Pâyot et Rivages, 1993 pour la traduction française.
Le grand monsieur grisonnant à lunettes , qui se tient en lisière de la foule dans la salle principale de la galerie, et qui se penche tout contre la jeune femme au corsage en soie rouge, baissan...
Abonnez-vous bit.ly/InaCafePicoulyCafé Picouly | France 5 |23/02/2007JOURNAL INTIME : en plateau extérieur, interview de l'écrivain britannique David LODGE q...
" Votre lettre, monsieur, est venue bien à propos dans ma solitude de Rome : elle a suspendu en moi le mal du pays que j'ai fort. Ce mal n'est autre chose que mes années qui m'ôtent les yeux pour voir comme je voyais autrefois : mon débris n'est pas assez grand pour se consoler avec celui de Rome. Quand je me promène seul à présent au milieu de tous ces décombres des siècles, ils ne me servent plus que d'échelle pour mesurer le temps : je remonte dans le passé, je vois ce que j'ai perdu et le bout de ce court avenir que j'ai devant moi ; je compte toutes les joies qui pourraient me rester, je n'en trouve aucune ; je m'efforce d'admirer ce que j'admirais, et je n'admire plus. Je rentre chez moi pour subir mes honneurs accablé du sirocco ou percé par la tramontane. Voilà toute ma vie, à un tombeau près que je n'ai pas encore eu le courage de visiter. On s'occupe beaucoup de monuments croulants ; on les appuie ; on les dégage de leurs plantes et de leurs fleurs ; les femmes que j'avais laissées jeunes sont devenues vieilles, et les ruines se sont rajeunies : que voulez-vous qu'on fasse ici ?"
"Le passé ressemble à un musée d'antiques ; on y visite les heures écoulées chacun peut y reconnaître les siennes. Un jour, me promenant dans une église déserte, j'entendis des pas se traînant sur les dalles, comme ceux d'un vieillard qui cherchait sa tombe. Je regardai et n'aperçus personne ; c'était moi qui m'étais révélé à moi...
De l'âge délaissé quand survient la disgrâce,
Fuyons, fuyons les bords qui, gardant notre trace,
Nous font dire du temps en mesurant le cours :
" Alors j'avais un frère, une mère, une amie ;
" Félicité ravie !
" Combien me reste−t−il de parents et de jours ? "
Chateaubriand, Lettre à M.Villemain, 3 novembre 1828 " Mémoires d'outre-tombe", livre 30 chap. 10. / Livre 32 chap.1 ( La Pléiade 1999 )
Il me semble que j'achève une course en Angleterre comme celle que je fis autrefois sur les débris d'Athènes, de Jérusalem, de Memphis et de Carthage. En appelant devant moi les siècles d'Albi...
" Parfois je pense que, marchant face au vent, je suis semblable à un alphabet qui égare ses lettres. Dès lors il faut que je fasse avec celles qui demeurent à ma portée. C' est peut-être de ...
" Pour ceux qui m'ont reproché ma désinvolture, quand j'ai tué le baron Swartz en duel, alors que les ordres étaient de l'assassiner purement et simplement, ou de le faire assassiner si la chose elle-même me répugnait (comme ils ont dit par la suite), pour ceux-là, est-ce que ce n'est pas du temps perdu le temps que j'ai passé avec le petit Français ? Est-ce qu'ils ne se moqueraient pas de cette sentimentalité qui a fait que je l'ai veillé après sa mort et même que j'aurais désiré assister à ses funérailles... Ils n'ont certainement pas les mêmes raisons d'orgueil que moi. Approuveraient-ils les soins que j'aie donnés à l'homme hier après-midi ? Ils diraient qu'il ne faut avoir qu'un but en vue. M'obligeraient-ils à avoir la vue basse ?
Ce mot le réjouit . Il le répéta à diverses reprises. Il y trouvait une justification. Il avait la faiblesse d'en chercher.
" Faut-il que je sois insensible comme une pierre ou un cadavre qui obéit ? ajouta-t-il. Alors, à quoi bon la liberté ? Une fois acquise, je serais incapable d'en jouir. Il faudra bien, de toute façon, qu'une fois le but atteint, qui est précisément la liberté, l'obéissance cesse ; et comment cesserait-elle si la liberté n'est plus donnée qu'à des cadavres obéissants ? Si, en fin de compte, la liberté n'a plus personne à qui s'adresser, n'aurons-nous pas fait que changer de tyran ? "
Mais il croyait à la sincérité des hommes qui faisaient partie de la même conspiration que lui, dont certains se cachaient dans les contreforts des Abruzzes ; dont quelques-uns avaient été fusillés (et même on leur avait écrasé les doigts, ce qu'il considérait naïvement comme une certitude absolue de sincérité)...
" Ne sont-ils pas victimes de l'erreur de sincérité ?" se dit-il en continuant sa naïveté, dans ce moment où la paix, la nuit et surtout le velours féminin du vent donnaient de l'éloquence à son cœur..."
Jean Giono, extraits de "Le Hussard sur le toit " Gallimard, 1951
Le lieu s'appelle " le Paraïs", et c'est l'autre nom de la maison dans laquelle a vécu et travaillé Jean Giono pendant une quarantaine d'années, du début des années 1930 jusqu'à sa mort en 1...