Publié le 22 Novembre 2021

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #ANNIVERSAIRE

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Publié le 17 Novembre 2021

 

 Édouard Louis, Foire du livre de Francfort 2017
Édouard Louis, Foire du livre de Francfort 2017

 

" Le sentiment de honte est la manifestation intime du fonctionnement du monde social, de ses hiérarchies. Ce n’est pas un choix, mais un sentiment qui s’impose à vous. La honte fait partie de moi depuis toujours, elle est un des matériaux constitutifs de mon être. Lorsque j’étais enfant et que j’allais chez le médecin avec ma mère, nous avions honte de ne pas parler aussi bien que lui, honte de nos corps qui disaient notre appartenance aux classes populaires.

 

Adolescent, j’ai eu honte de ma mère, j’ai essayé de la cacher, de m’inventer d’autres parents. Lorsque ma honte se rappelle à moi aujourd’hui, je ressens une forme d’effondrement intérieur. L’écriture a été une manière de la transformer, de la retourner : j’écris pour faire honte aux dominants, à ce qu’ils font aux classes populaires, et surtout à ce qu’ils ne font pas contre cette violence du monde qui n’arrête pas de se reproduire...

 

C’est plutôt que, selon l’angle par lequel on saisit la réalité, la description n’est pas la même. Si je décris mon père de la façon dont je me suis attaché à le faire dans Qui a tué mon père (2018), il apparaîtra comme la victime d’un système d’oppression capitaliste, quelqu’un qui s’est détruit la santé à l’usine, puis qui a perdu ses aides sociales et l’accès aux médicaments. Mais dans Combats et métamorphoses d’une femme (2021), il apparaîtra comme le bourreau qui disait à ma mère de rester à la maison, de s’occuper des enfants et de se taire. Selon la façon dont je l’envisage, il est comme une autre personne.

C’est la même chose pour mon enfance : j’ai pu être à la fois le gamin victimisé que je décris dans Pour en finir avec Eddy Bellegueule et l’adolescent qui a produit de la violence sur ses parents que je raconte aujourd’hui. Il s’agit de la coexistence de plusieurs réalités objectives et indiscutables : la douleur du corps d’un ouvrier après le travail, la domination masculine qui tue presque une femme par jour en France, les humiliations subies par un enfant qu’on traite de « pédé » dans la cour de l’école. J’essaye de restituer ça dans la littérature.

Même si ces éléments d’objectivité produisent quelque chose de dérangeant, d’inconfortable, d’insupportable même parfois... "

 

Édouard Louis : extrait d'un entretien pour le magazine Télérama n°3740, du 15.09.2021.

" L’enjeu et la difficulté, c’est de bien distinguer la honte qui fait qu’on s’accepte mal et qu’on en souffre et celle qui fait qu’on ne parvient pas à être totalement satisfait du monde. Celle-ci est transformatrice. Elle est aussi une capacité à se retenir, au bord de la facilité, de la vulgarité, de la lâcheté. Gilles Deleuze soutient que la philosophie n’a qu’une fonction : faire honte à la bêtise. Il le dit dans l’entrée « Résistance » de son Abécédaire… Le génie de la philosophie, depuis Socrate, c’est que son « faire honte » ne s’adresse pas à l’ignorance, comme dans l’institution scolaire, mais au savoir, récité et arrogant. « Sais-tu vraiment ce qu’est la politique pour en parler avec tant d’assurance ? », demande Socrate à Alcibiade. Et ses interlocuteurs de prendre conscience qu’ils parlent en automates, sans réfléchir..."

 

Frédéric Gros : extrait d'un entretien pour le magazine Télérama n°3740, du 15.09.2021.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Littérature Française, #philosophie

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Publié le 12 Novembre 2021

PO Enquist, 2013

 

...Et les pieds dans la boue.

 

" Le mot médecine, lui avait dit Charcot plus tard, ils se tutoyaient  maintenant, vient de Médée, la mère de la sorcellerie. Es-tu magicien alors? avait-elle demandé. Non, je suis un prisonnier de la raison, avait-il dit, avec ses pieds profondément enfouis dans cette boue qu'est la magie.

   As-tu envie d'être libéré ? Voulut-elle savoir.

   Il laissa passer un long moment avant de répondre. Oui, je voudrais être libéré, dit-il, mais je ne le serai jamais. Et même si je réussissais à libérer mes pieds de cette boue, elle collerait quand même toujours à moi.

   C'est pour cela ? demanda-t-elle. Pour cela, répondit-il.

   Il dit que sa méthode ne pouvait pas s'expliquer de façon rationnelle, qu'il valait mieux continuer à chercher ce qui ne s'expliquait pas. Elle nota cette phrase, et elle dut se méprendre sur ses propos : L'amour, tout comme la médecine, est une méthode spéculative basée strictement sur les faits...

 

Porcelaine cassée.

 

À un moment donné, il décrivit sa découverte de la sclérose en plaques à celui qui fut son secrétaire pendant un an dans les années 1880, un jeune autrichien du nom de Sigmund Freud.

   Par hasard, il était entré en contact avec une femme de ménage qui souffrait d'une forme étrange de tressaillements qui la rendaient maladroite dans son travail, si bien qu'elle se trouvait maintenant sans emploi. Charcot l'employa à titre privé, diagnostiqua d'abord ses troubles comme chorea paralysis, déjà décrite par Duchenne, mais s'aperçut très vite que la lente détérioration de son état indiquait une tout autre direction, jusque-là inconnue. Il la garda comme femme de ménage jusqu'à sa mort, malgré les protestations de son épouse, et c'est en l'étudiant qu'il trouva la piste qui le mènerait à la définition et au diagnostic définitif de la sclérose en plaques. Diagnostic qui se confirma effectivement à la mort de la servante, Charcot étant en mesure de pratiquer immédiatement une autopsie, puisqu'il avait libre accès à son cadavre, et son analyse put ainsi être vérifiée.

   Il accepta sa maladresse de plus en plus accentuée jusqu'à sa mort, ce qui le mit sur la bonne piste, et rendit les dernières années de cette femme à la fois supportables et dignes.

   Cela se passa cependant au prix d'une quantité effroyable de porcelaine cassée..."

 

Per Olov Enquist : extraits de "Blanche et Marie", Éditions Actes Sud, 2006.

 

 

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Suédoise

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Publié le 10 Novembre 2021

 

" Je n'écrirais rien des partis, si c'était pour dire seulement qu'ils fournissent à chacun des opinions toutes tracées, et conforme à ses intérêts; cela est assez connu. mais il y a mieux à dire. Ce qui me frappe, c'est que l'on prend facilement parti, pour et contre toujours, sans intérêt, et même sans passion cachée; la passion est tout entière dans le parti pris; le bonheur est de contredire et de haïr; mais la thèse n'importe guère. J'ai vu beaucoup de gens être d'un parti pour de faibles causes, et s'y tenir. par exemple on peut prendre parti pour l'armée anglaise seulement parce qu'on la voit, et qu'on en parle à d'autres qui ne la voient point. On serait aussi bien contre. Mais quel que soit le parti pris, on s'y enfonce, on trouve des raisons; c'est comme un jeu où l'on devient fort; et la grande preuve c'est toujours qu'on s'y passionne. C'est le goût de l'éloquence et de l'invective qui fait les partis...   

    Je retrouve ce trait toujours assez visible dans l'animal humain. Le jeu des opinions l'intéresse trop. Dans cette chaleur des discussions, je vois toute la guerre ramassée...

   Je dirais bien quelquefois qu'on prend n'importe quelle opinion comme on prend une arme...

 

 Ô Dieux, si vous existez, préservez-nous des guerres justes, puisque nous avons résolu de n'en point faire d'autres"

 

Tu n'as pas à dire ce que tu ferais, si tu étais au gouvernement, mais à te méfier de tout gouvernement "

 

Alain, extrait de "De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées" Cahier Alain 2, Édition Institut Alain, Le Vésinet, 1988.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

 

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Publié le 6 Novembre 2021

P. Highsmith (1988)

 

« Chacun porte en soi un terrible double inconnu et infernal. S’il cherche à le percevoir, il y réussira rarement […]. C’est un gouffre plus profond que le cratère le plus profond de la terre, ou bien l’air le plus raréfié qui soit, au-delà de la lune. Il est effrayant et fondamentalement “différent” de l’homme tel qu’il se connaît, de sorte qu’il passe son temps à vivre aux antipodes de lui-même. 

 

 Je m’intéresse à la partie de l’esprit que la psychologie ne peut ni dénicher ni diminuer et encore moins bannir : à savoir, l’âme. Je m’intéresse aux insatisfactions de cette partie de nous-mêmes, à jamais frustrée, qui voudrait être autre, pas forcément mieux, simplement autre, pas forcément plus riche, plus à l’aise, ou même heureuse, simplement autre. 

 

 Le réalisme en littérature me lasse et me déprime […]. Je veux un univers tout autre. Les peintres font ça très bien. Pourquoi pas les écrivains ?  

 

 Ce soir je suis amoureuse, pour la seizième, la dix-septième ou la dix-huitième fois de ma vie […]. J’ai promis que ça durerait jusqu’à dimanche matin (on est vendredi) »...

 

 

Patricia Highsmith : réflexions tirées de " Les écrits intimes, 1941-1995, Journaux et carnets" Calmann-Lévy, 2021. Lu dans la critique de ce livre, magazine Télérama n°3747, du 3/11/2021.

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Dans la Presse, #Littérature Américaine

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