Publié le 21 Mai 2023

Mon roman parle aussi de la fin d'une certaine conception de notre pays, ainsi que de la fin de l'Islande traditionnelle - même si en France on s'en fout. Deux individus découvrent un pays étranger qu'ils ne connaissent pas. dans mon cas, l'Islande fut un choc, un autre monde - partir pour Reykjavik, ce n'est pas comme aller à Orléans. Quant au regard qui est posé sur notre pays, je voulais trouver une manière non réactionnaire d'être nostalgique, une façon acceptable, genre Souchon dans sa chanson Rive Gauche...

Nous sommes passés à autre chose, à une société très violente où les traditions ne sont plus que des représentations. La France de 2023 est-elle encore la mienne ? ...

   J'ai de l'espérance un jour sur deux... Ma seule certitude, c'est que l'avenir de la France sera touristique ou ne sera pas. Je suis une horrible pessimiste de nature, mais je suis très optimiste pour le tourisme - on a un potentiel de dingue sur les fruits confits ! ...

     J'ai connu des moments un peu magiques, comme quand Adolf (son ex compagnon, ndlr) me parlait de la météo des aurores boréales...J'ai vécu auprès de quelqu'un qui m'a étonnée et fascinée...

   Depuis l'adolescence, j'ai toujours été en marge, d'une manière ou d'une autre. Faire le choix d'une certaine liberté esseule. Dans la vieille bourgeoisie conservatrice, une femme qui a un avis tranché ou des ambitions artistiques, c'est compliqué - mieux vaut être une femme effacée. J'ai mis vingt ans à admettre cette conséquence du machisme. Quand j'étais plus jeune, mes amis BCBG  qui lisaient avaient des copines avec lesquelles ils ne parlaient pas de livres. La complicité intellectuelle pose problème à certains hommes, alors que moi, je m'y épanouis... Pour ces garçons, je ne pouvais être qu'une amie. Les mecs que je trouvais géniaux ont tous fini par épouser des femmes, je ne dirais pas insignifiantes, mais qui cochaient toutes les bonnes cases. Comme si, moi, je ne savais pas faire la cuisine, alors que la cuisine est l'une de mes grandes passions !...

   Je ne garde que 50% de ce que je fais. C'est un peu sisyphéen, quand on y pense, d'écrire, de supprimer, de réécrire... J'ai très envie d'avancer sur mon nouveau livre. J'ai deux chapitres, ce n'est pas fou. Quand j'en aurai dix, je commencerai à tout détruire. J'ai hâte ! "

 

Solange Bied-Charreton, extrait d'entretien dans le magazine Lire n°516, mars 2023.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Dans la Presse, #Littérature Française

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Publié le 20 Mai 2023

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Publié le 14 Mai 2023

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 13 Mai 2023

 

" ... Aglaé m'annonça que son frère était retourné se battre. C'était aussi un destin juste. Que pouvait-il faire d'autre, ce

gosse ? Il y en avait beaucoup comme lui qui ne croyaient pas à la guerre, mais la guerre était leur destin, la guerre était partout, et personne ne leur avait appris à faire autre chose. Giorgi était un taciturne. Il avait seulement dit : "C'est là qu'est mon devoir", et il avait recommencé à combattre. Il ne protestait pas, car il n'essayait pas de comprendre.

   Ceux qui protestaient, sans mieux comprendre que lui, c'étaient les siens. Je l'appris par Aglaé, qui passait tous les matins devant notre grille, en quête de lait, d’œufs, de potins. Elle s'arrêtait pour bavarder avec la vieille ou avec Elvira, et, dans leurs voix, dans leur chuchotement, je percevais l'écho du salon des Giorgi, d'un monde bien connu, de l'étude du père, riche et industriel. Comment allait la guerre ? Pis qu'avant. Qu'avaient fait les fascistes en se laissant renverser ? Un acte grand, généreux, un sacrifice pour redonner la concorde au pays. Et comment répondait le pays ? Il répondait par des grèves, des trahisons et des chantages. Eh bien, qu'ils continuent. Il y en avait qui faisaient ce qu'il fallait. Tout irait en place plus tôt qu'on ne croyait.

   Ainsi grognait la mère d'Elvira, ainsi commença Aglaé, qui voyait tout le monde et savait les affaires de tout le monde. " Nous autres", disait-elle, et, nous autres, c'était le père, c'était le salon, c'était la villa - Qui a souffert de la guerre plus que nous autres ? Notre maison de Turin est sinistrée. Le concierge y est resté. Nous sommes forcés de vivre ici, sur les collines. Mon frère est retourné combattre. Depuis deux ans, il s'expose et se bat. Pourquoi les factieux nous en veulent-ils ?

   - Quels factieux ?

   - Mais tout le monde, voyons. Les gens qui ne comprennent pas encore pourquoi nous sommes en guerre. Les apaches. Vous en connaissez aussi."

   Elle me lança ces paroles avec un clin d’œil et en rejetant la tête en arrière, avec quelque coquetterie.

   "Je ne connais pas d'apaches, coupai-je ; je connais seulement des gens qui travaillent.

   - Voilà, vous vous mettez en fureur, me dit-elle, avec amusement. Nous savons que vous fréquentez certain bistro, nous connaissons les gens que vous y voyez...

   - Ça, c'est le bouquet, coupai-je court ; et qui seraient donc mes apaches ?"

   Aglaé se tut et baissa la tête, reprenant ses distances.

   "En fait d'apaches, lui dis-je, je ne connais que ceux qui nous ont jetés dans la guerre et qui mettent encore tous leurs espoirs en elle."

   Toute haletante, elle me regarda de travers. On aurait dit une écolière prise en faute et qui enrage.

   "Votre frère n'est pas en cause, lui dis-je. Votre frère est quelqu'un qui se fait des illusions, il paye pour les autres. Mais au moins, il a du courage. Les autres, pas du tout.

   - Vous, vous en avez beaucoup", dit Aglaé, furieuse.

   C'est sur ces paroles que nous nous quittâmes. Mais l'histoire du bistro ne faisait que commencer. Un jour, comme j'entrais dans la cuisine et qu' Elvira y battait une crème..., je lui dis : "La faim n'arrive pas jusqu'ici"

   Elle leva la tête : "On ne trouve plus rien. Ni œufs ni beurre, même en y mettant le prix. Tout est raflé par des gens qui, autrefois se contentaient de pommes de terre en robe de chambre.

   - Si au moins on pouvait toujours en avoir", répondis-je

   Elvira s'approcha de ses fourneaux, en fronçant les sourcils. Elle me tournait le dos.

   "C'est les bistros où l'on passe les nuits à faire bombance qui achètent tout.

   - On y dort aussi par terre, dis-je.

   - Ça n'a rien à voir, éclata Elvira en se retournant. En tout cas, ce n'est pas de gens comme nous.

   - À n'en pas douter, lui dis-je, ils valent beaucoup mieux que nous."

   Elle se palpait la gorge, les yeux indignés.

   "Si c'est pour les femmes et le vin que vous dîtes ça, parlez en plutôt à Belbo, repris-je ; lui, il s'accorde aussi bien que moi avec ces gens là. Il n'y a que les chiens pour juger équitablement notre prochain.

   - Mais ce sont...

   - Des factieux, je sais. Heureusement. Vous croyez que le monde n'est fait que de curés et de fascistes ?...

 

  Cesare Pavese : extrait de " La maison sur les collines", dans le recueil "Avant que le coq chante", 1949, Éditions Gallimard, 1953, pour la traduction française.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

  

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Italienne, #Guerre.

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Publié le 11 Mai 2023

 

Flaubert à Sand :

Décembre 1867.

...Rugissons contre Monsieur Thiers !

  Peut-on voir un plus triomphant imbécile, un croûtard plus abject, un plus étroniforme bourgeois ! Non ! rien ne peut donner l'idée du vomissement que m'inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa bêtise sur le fumier de la Bourgeoisie ! Est-il possible de traiter avec un sans-façon plus naïf et plus inepte la philosophie, la religion, les peuples, la liberté, le passé et l'avenir, l'histoire, et l'histoire naturelle, tout ! et [le] reste ! Il me semble éternel comme la Médiocrité ! Il m'écrase...

 

Sand à Flaubert :

 

21 décembre 1867.

Enfin ! voilà donc quelqu'un qui pense comme moi sur le compte de ce goujat politique. Ce ne pouvait être que toi, ami de mon cœur. Étroniformes est le mot sublime qui classe cette espèce de végétaux merdoïdes...

 

George Sand - Gustave Flaubert, extrait de " Tu aimes trop la littérature, elle te tuera. Correspondance ", Éditions Le Passeur, 2018.

 

 

Du même ouvrage, dans Le Lecturamak :

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Extrait de correspondance, #Politique

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